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Récit d’ascension du mont Meru

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Temps de lecture : 12 min.
Ascension Ascension

Mont Meru

Le mont Meru est le relief le plus marquant du parc national d’Arusha, où il culmine à 4 566 m d’altitude. Ce volcan endormi atteignait autrefois presque la taille du Kilimandjaro, avant qu’une éruption, estimée à 8 000 ans, n’en emporte le sommet et ne laisse, au faîte de cette montagne majestueuse, qu’un impressionnant cratère de 5 km de large.

Vue panoramique du cratère du mont Meru
Vue panoramique du cratère du mont Meru
Buffles autour du mont Meru
Buffles autour du mont Meru

Moins célèbre que le puissant Kilimandjaro, le mont Meru n’en offre pas moins un superbe trekking, qui mérite pleinement le voyage. Le Meru est souvent considéré comme une ascension plus technique que celle du Kilimandjaro ; certains affirment même qu’il est plus difficile d’atteindre le sommet du Meru que celui du Kilimandjaro.

L’ascension du Meru s’effectue en 3 ou 4 jours, contre environ une semaine sur le Kilimandjaro : les randonneurs disposant de peu de temps ont donc tout intérêt à envisager l’ascension du mont Meru. Certains gravissent le mont Meru pour favoriser leur acclimatation avant de tenter le Kilimandjaro, un choix judicieux pour préparer l’organisme à la haute altitude. D’autres voyageurs, plus avisés, saisissent l’occasion de combiner un safari à pied dans le parc national d’Arusha avec un trekking en montagne, une possibilité propre à l’ascension du mont Meru. Quelle que soit la raison du départ, gravir le mont Meru reste une aventure intense, que seule la Tanzanie rend possible.

Récit d’ascension du mont Meru

Jour 1 : de Momella Gate aux Miriakamba Huts (10 km, altitude : 2 514 m)

Notre petite équipe est arrivée à Momella Gate, dans le parc national d’Arusha, juste avant le déjeuner. Nous y avons dégusté nos paniers-repas en attendant qu’un ranger nous soit attribué.

Chaque équipe d’ascension doit être accompagnée par un ranger armé du parc afin de garantir sa sécurité, car une grande partie du trekking traverse l’habitat d’animaux sauvages

Nous avons également signé le registre officiel, et j’ai apposé ma signature avec fierté, comme une véritable grimpeuse du Meru. Peu après, notre équipe a entamé les 10 km de randonnée à travers les hautes terres du parc national d’Arusha.

Nous avons d’abord suivi la route jusqu’au Strangling Arch. Cet arbre impressionnant forme en son centre une arche naturelle, assez large pour laisser passer une petite voiture ! C’est un endroit idéal pour quelques photos auprès de ce phénomène naturel. Après le Strangling Arch, nous avons quitté la route pour un petit sentier forestier, et j’ai alors eu le sentiment que notre trekking en montagne commençait vraiment.

Colobe sur le mont Meru
Colobe sur le mont Meru
Randonneurs et panorama du mont Meru
Randonneurs et panorama du mont Meru

Marcher à l’ombre des arbres était rafraîchissant, et la traversée d’autant plus intéressante que nous avons observé de nombreux oiseaux ainsi que plusieurs espèces de singes, notamment des colobes et des cercopithèques bleus. Notre ranger a aperçu une gazelle bondissant entre les arbres, et j’ai aussi repéré un dik-dik. La marche était agréable, sans que je sente vraiment le dénivelé, jusqu’à notre sortie de la forêt. Même si l’effort ne donnait pas physiquement l’impression d’une véritable montée, les hautes terres herbeuses, une fois les arbres derrière nous, nous ont offert une vue spectaculaire sur le parc national d’Arusha. Là-haut, dominant l’ensemble du paysage, j’ai compris que nous avions bel et bien pris de l’altitude et que le camp était proche.

Groupe de randonneurs sur le mont Meru, mené par le ranger
Groupe de randonneurs sur le mont Meru, mené par le ranger
Vue panoramique sur les refuges du mont Meru
Vue panoramique sur les refuges du mont Meru

Nous sommes arrivés aux Miriakamba Huts en début de soirée. Les longs refuges, aménagés en dortoirs, étaient prêts, avec des couchettes propres et des portes verrouillables pour préserver l’intimité et la sécurité. Des sanitaires se trouvent à proximité, ainsi qu’un éclairage solaire pour le confort des randonneurs.

Pourtant, impossible d’oublier que nous étions toujours au cœur d’un parc national tanzanien : cette nuit-là, alors que nous étions tous en sécurité dans nos chambres, un buffle d’Afrique s’est aventuré au milieu du camp. Quelle émotion de voir un animal sauvage aussi massif brouter à quelques mètres seulement !

Jour 2 : des Miriakamba Huts au Saddle Hut (5 km, altitude : 3 570 m)

Je me suis réveillée tôt et j’ai gagné le balcon d’observation, situé juste derrière la salle à manger. Après quelques marches, j’ai atteint la plateforme, parfaitement placée pour embrasser du regard le parc national d’Arusha et les horizons au-delà. Le panorama était d’une beauté saisissante : un lever de soleil rose et violet au-dessus de la canopée, avec le Kilimandjaro se dressant majestueusement hors de nuages dorés. Si vous gravissez le mont Meru, veillez à vous lever tôt aux Miriakamba Huts pour admirer le lever du soleil ; ce fut l’un des matins les plus splendides qu’il m’ait été donné de contempler.

Refuges du mont Meru
Refuges du mont Meru
Vue rapprochée des refuges du mont Meru
Vue rapprochée des refuges du mont Meru

Après un solide petit-déjeuner, notre équipe était prête à repartir. La randonnée du deuxième jour est plus courte, mais aussi plus raide, et demande davantage d’énergie que la veille. Mieux vaut partir tôt, car le lendemain commence par une ascension de nuit.

+ Évitez la caféine, si possible. Cela peut vous aider à faire une bonne sieste plus tard dans la journée.
+ Pensez à vous protéger du soleil ! L’altitude donne parfois une impression de fraîcheur, mais le soleil reste puissant là-haut, en montagne.

La randonnée était belle et variée de bout en bout : nous sommes passés de la forêt d’altitude à des prairies sèches situées au-dessus de la limite des arbres. Les plantes de haute altitude et l’avifaune ont retenu notre attention, et je ne me sentais pas fatiguée en arrivant au Saddle Hut. Nous sommes arrivés à temps pour un déjeuner chaud, puis avons pris un court repos avant d’atteindre le sommet du Little Meru. Cette courte randonnée d’acclimatation est importante, mais elle vaut aussi largement l’effort : les paysages depuis le Little Meru étaient à couper le souffle. Nous avons pu apercevoir l’itinéraire qui nous attendait. Le voir de jour était encourageant, car nous allions le parcourir dans l’obscurité, sans bénéficier de la même perspective pendant la marche de nuit.

Jour 3 : du Saddle Hut au sommet du Meru (9 km/18 km aller-retour, altitude : 4 565 m)

Nous nous sommes réveillés peu après minuit et avons pris une collation consistante pour préparer l’ascension. J’étais si enthousiaste que je n’ai eu aucune difficulté à me lever et à me mettre en route à une heure aussi tardive. Il faisait nettement plus froid au Saddle Hut, et j’ai apprécié chacune de mes couches de vêtements lorsque nous avons commencé à marcher vers le sommet final. La première étape, jusqu’à Rhino Point, était facile, et il était intéressant d’observer les rares ossements de rhinocéros présents à cette altitude. À partir de là, le terrain est devenu rocheux, parsemé de gros blocs, puis nous avons atteint le repère suivant : The Chains. Cette partie de l’ascension est extrêmement raide ; pour la sécurité, une série de chaînes est donc fixée directement dans la paroi rocheuse. Les randonneurs s’y tiennent pour garder leur stabilité en progressant. Cela donne aussi l’impression de s’essayer à une forme d’escalade technique, ce qui était grisant.

Après les chaînes, nous avons atteint le sable volcanique. Là, j’ai été immensément reconnaissante d’avoir mes bâtons de trekking : le sable était glissant, et je m’en suis servie pour éviter de redescendre les quelques pas que je venais à peine de gagner. J’ai trouvé le sentier dans le sable noir plus éprouvant que tout le reste ; heureusement, la nuit était sombre et silencieuse, et j’ai pu avancer avec méthode.

À mesure que le ciel s’éclaircissait, nous avons atteint le bord du cratère. Je distinguais l’impressionnant à-pic sur ma gauche, et même la silhouette de l’Ash Cone en contrebas : un rappel que le mont Meru est un volcan endormi, portant encore les traces de ses anciennes éruptions. Les grands sommets devant nous devenaient plus visibles minute après minute, et chaque pas en avant annonçait que notre objectif final approchait.

Après 45 minutes à gravir des blocs rocheux, passant d’un petit sommet au suivant, nous avons aperçu le drapeau de la Tanzanie devant nous : j’ai su que nous étions enfin arrivés. Cette vision m’a redonné de l’énergie, et j’ai poursuivi jusqu’au panneau : « Mont Meru, cinquième plus haute montagne d’Afrique ». Quelle sensation !

Nous sommes arrivés à temps pour le lever du soleil, et la scène était tout simplement épique. La lumière a embrasé toute la montagne et les paysages alentour, tandis que les nuages se paraient des couleurs féeriques de l’aube. Devant nous, le Kilimandjaro se dressait avec puissance, si proche qu’on aurait presque pu tendre la main pour le toucher. Derrière, l’ombre du mont Meru s’étirait sur la surface de la terre, recouvrant les paysages en contrebas et suscitant un profond émerveillement : je prenais conscience que je me tenais au sommet même de ce grand volcan.

Randonneurs dans la zone sommitale du mont Meru
Randonneurs dans la zone sommitale du mont Meru
Zone sommitale du mont Meru
Zone sommitale du mont Meru

Redescendre la montagne de jour a été une sensation très différente. J’ai senti une poussée d’adrénaline en repassant dans les cendres volcaniques, cette fois en descente, puis en saisissant de nouveau les chaînes sur les passages rocheux les plus raides.

Nous sommes revenus au Saddle Hut pour un repos bien mérité avant de refaire nos sacs et de redescendre vers Miriakamba Hut, à 5 km. Si votre équipe suit l’itinéraire de 3 jours, vous poursuivrez alors jusqu’à Momella Gate. J’étais reconnaissante d’avoir prévu une 4e journée : effectuer toute cette longue descente en une seule fois aurait été très difficile pour mes genoux fatigués.

Jour 4 : de Miriakamba Hut à Momella Gate (5 km, altitude : 1 387 m)

Les Miriakamba Huts semblaient bien différents à la descente : de nouveaux groupes de randonneurs montaient vers les hauteurs, tandis que nous redescendions au milieu de beaux paysages. Ce trekking emprunte un itinéraire plus court que celui de la montée, environ la moitié de la distance, ce qui rend la descente plus variée.

Nous sommes partis le matin, plus légers à chaque pas, savourant l’air frais à l’ombre des arbres. La partie unanimement préférée de cette dernière journée est la marche jusqu’à la cascade de Tulusia, associée au safari à pied.

Ici, il est important de rester près du ranger armé, car les chances d’apercevoir des buffles d’Afrique sont réelles. Nous avons croisé, en toute sécurité, un troupeau de ces animaux superbes, qui broutaient dans les zones marécageuses ; ils nous observaient avec méfiance et se sont même prêtés à quelques belles photos, sans toutefois s’approcher de nous. Au loin, nous avons vu plusieurs girafes occupées à déjeuner de feuilles d’acacia, ainsi qu’un troupeau de zèbres avançant ensemble. À la cascade de Tulusia, nous nous sommes reposés quelques minutes sous les embruns frais de la puissante cascade, en repensant à tout ce que nous avions vécu au cours des 4 derniers jours.

Buffle sur les pentes basses du mont Meru
Buffle sur les pentes basses du mont Meru
Jeune girafe
Jeune girafe

En quittant la cascade et en approchant de notre destination finale, Momella Gate, nous sommes tombés sur une jeune girafe qui dormait à l’ombre. Elle s’est réveillée et a observé notre équipe avec curiosité. Nous avons tous ressenti, avec bonheur, le privilège de découvrir la nature tanzanienne d’aussi près. Seul un trekking sur le mont Meru permet d’aborder le parc national d’Arusha de manière aussi immersive : gravir un volcan, saisir des paysages époustouflants et observer de près l’extraordinaire faune sauvage de cette région.

C’était la conclusion idéale d’une superbe ascension.

Notes sur l’ascension du mont Meru

Rangers

Les rangers sont obligatoires pour la plupart des ascensions en Tanzanie. Les équipes évoluent dans des parcs nationaux où vivent de véritables animaux sauvages : c’est une très belle aventure, mais les risques doivent aussi être pris en compte. Pour cette raison, chaque équipe d’ascension se voit attribuer un ranger armé du parc, chargé de l’accompagner. Notre ranger, Julius, faisait pleinement partie de l’équipe et a eu l’allure d’un ami tout au long de l’ascension. Il a même aidé à porter le sac d’un randonneur fatigué et m’a encouragée lorsque je manquais d’énergie.

Heureusement, nous n’avons croisé aucun animal dangereux pendant notre trekking. Le dernier jour, nous avons aperçu un troupeau de buffles d’Afrique à bonne distance ; savoir que notre ranger était là en cas de besoin restait malgré tout rassurant.

Guide

Il est obligatoire de gravir le mont Meru avec un guide qualifié. L’ascension finale se déroule de nuit, et vous ne pourrez certainement pas trouver votre chemin seul dans l’obscurité ! Une partie de la montée emprunte des chaînes fixées à la paroi de la montagne : ce type de passage technique doit impérativement se faire sous la supervision d’un véritable guide de montagne.

Refuges

Toutes les équipes dorment dans des refuges permanents pendant l’ascension. Les premiers sont les Marikamba Huts (2 514 m), puis, la deuxième nuit, les équipes dorment au Saddle Hut (3 570 m). Ce sont des hébergements confortables, avec des portes verrouillables pour l’intimité et la sécurité. Les refuges sont équipés d’éclairages solaires et de matelas.

Les refuges contribuent à préserver l’environnement du mont Meru et garantissent aussi aux équipes l’accès à l’élément le plus essentiel : l’eau. Ainsi, il n’est pas nécessaire de transporter de l’eau ou des tentes jusqu’en altitude.

Équipe d’ascension

Votre équipe d’ascension se compose de votre guide, du ranger, d’un cuisinier et de porteurs. Le cuisinier prépare tous vos repas, ainsi qu’une collation pour la nuit d’ascension finale. Les porteurs transportent le matériel jusqu’en altitude. La Tanzanie applique des règles destinées à protéger et à faire respecter les droits des porteurs ; certaines prévoient notamment qu’aucun porteur ne porte plus de 25 kg. La plupart des équipes ont besoin de 2 à 3 porteurs pour chaque randonneur. Ils transportent en effet toute la nourriture, un réchaud de camping et le combustible, ainsi que vos bagages, jusqu’en montagne. Le nombre de porteurs nécessaires pour une ascension du mont Meru est presque toujours inférieur à celui requis pour une ascension du Kilimandjaro, car il n’y a pas de tentes à transporter et l’itinéraire dure moins longtemps.

Nombre de jours

Deux options existent pour gravir le mont Meru, mais une seule voie mène au sommet : 3 jours ou 4 jours. Le nombre de jours de montée est identique ; seule la descente change. Les personnes suivant l’itinéraire de 3 jours ont une très longue journée, avec la descente complète de la montagne en une seule fois, le tout après très peu de sommeil. Cette option peut être particulièrement difficile pour les genoux et se révèle fatigante, surtout après avoir atteint le sommet du mont Meru tôt le même matin.

L’itinéraire de 4 jours, lui, permet de se reposer plus longuement après avoir atteint le sommet du mont Meru, puis d’effectuer une descente partielle. Les équipes passent une nuit supplémentaire aux Miriakamba Huts et terminent la descente le lendemain matin à un rythme plus tranquille. Cela permet également de profiter d’un superbe safari à pied et d’une randonnée jusqu’à la belle cascade de Tululusia, dans le parc national d’Arusha.

Le trekking de 4 jours est recommandé : il ménage davantage les genoux, répartit les plus de 33 km de parcours sur 2 jours et inclut un safari à pied au moment idéal de la journée.

Publié le 18 octobre 2023
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À propos de l’auteur
Dmitriy Andreichuk

Dmitry, né en Ukraine, vit en Tanzanie depuis 2014. En plus de sa vaste expérience personnelle de l'ascension du Kilimandjaro et d'autres volcans tanzaniens, il a organisé des expéditions de haut niveau pour RedBull, Wings of Kilimanjaro, Nimsdai, ainsi que pour d'autres athlètes et organisations de renom.

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