Dans l’est de la Tanzanie continentale, au creux d’un golfe naturel bordant l’océan Indien, s’étend la plus grande ville du pays, Dar es Salaam, souvent prise à tort pour la capitale. L’urbanisation y a fortement dégradé les habitats ornithologiques, mais la zone côtière conserve un secteur important pour l’avifaune, attirant également de nombreux oiseaux migrateurs. Il en va de même pour d’autres portions du littoral tanzanien, qui comptent parmi les beaux sites d’observation des oiseaux en Tanzanie.
Au nord de Dar es Salaam, le parc national de Saadani jouxte directement l’océan. Les zones attenantes au parc national présentent, elles aussi, une belle diversité d’oiseaux. Face à la côte continentale, à quelques dizaines de kilomètres au large, un archipel rassemble trois grandes îles et de nombreux îlots. Leurs rivages attirent également l’avifaune, dont certaines formes endémiques. Ces lieux intéresseront les passionnés d’ornithologie souhaitant explorer la nature lumineuse de la Tanzanie côtière et enrichir leurs listes d’observation au fil d’un voyage ornithologique en Tanzanie.
Nous parlerons de l’île d’Unguja, connue sous le nom de Zanzibar, à la fin de cet article, et des grandes aires protégées les plus proches dans notre article consacré aux oiseaux du Selous et de Mikumi. Pour découvrir les autres sites tanzaniens qui intéressent les ornithologues, vous pouvez consulter notre article de synthèse « Tanzanie : les 10 meilleurs sites d’observation des oiseaux ».
Dans cet article sur l’avifaune tanzanienne, nous parcourons les secteurs ornithologiques de Dar es Salaam, de la réserve de faune de Pande, de la côte de Bagamoyo, des forêts littorales du district de Kisarawe, de l’île de Zanzibar et d’autres sites encore.
La côte de Dar es Salaam
Dar es Salaam est la plus grande ville de Tanzanie et de toute l’Afrique de l’Est. Son littoral se compose principalement de plages et, par endroits, de mangroves. La zone intéressante pour l’ornithologie forme une étroite bande côtière de 40 km. Elle comprend aussi une zone maritime de 12 km jusqu’aux limites internationales, ajoutant à cet ensemble un habitat pour les oiseaux marins qui s’approchent rarement du rivage.
Une importante population locale d’aigrettes ardoisées (Egretta ardesiaca) vit ici. Leur manière de pêcher est particulièrement fascinante à observer. En avançant dans les eaux peu profondes, elles déploient leurs ailes comme un manteau, ou comme une ombrelle sous laquelle la tête disparaît. Ainsi protégées des reflets du soleil, elles distinguent les poissons sous la surface et les transpercent aussitôt de leur bec acéré. Les aigrettes ardoisées se nourrissent aussi volontiers de grenouilles et de crustacés. Lorsqu’un groupe progresse sur les hauts-fonds, on croirait voir de petites bosses noires émerger de l’eau. Le spectacle devient saisissant lorsque des dizaines d’oiseaux se rassemblent sur un même site de nidification. Certains observateurs chanceux ont vu en Tanzanie d’immenses groupes d’environ 1 500 aigrettes ardoisées.
Le littoral de Dar es Salaam accueille de nombreux oiseaux migrateurs, dont le bécasseau cocorli (Calidris ferruginea), le bécasseau minute (Calidris minuta) et le pluvier argenté (Pluvialis squatarola). Toutes ces espèces nichent dans la toundra arctique de Sibérie avant de rejoindre l’Afrique pour l’hiver. En mars et en avril, on peut aussi observer ici de grands groupes de chevaliers aboyeurs (Tringa nebularia) et de pluviers de Mongolie (Charadrius mongolus). Ces oiseaux vivent traditionnellement dans le nord de l’Asie et, au début ou au milieu du printemps, reviennent de leurs quartiers d’hivernage situés plus au sud de l’Afrique, faisant halte sur les plages sableuses d’Afrique de l’Est pendant leurs longs vols. Les pluviers de Mongolie utilisent également l’Asie du Sud, l’Australie et les nombreuses îles qui les séparent comme zones d’hivernage, mais beaucoup choisissent aussi l’Afrique comme destination.
Outre la bande côtière, de nombreux oiseaux fréquentent aussi les petites îles situées à courte distance de Dar es Salaam. Sur l’île de Mbudya, par exemple, qui fait partie du groupe insulaire de la réserve marine locale, nous avons observé des spatules d’Afrique (Platalea alba), des aigrettes dimorphes (Egretta garzetta) et des ibis sacrés (Threskiornis aethiopicus) en nidification. Les aigrettes dimorphes peuvent prêter à confusion, car elles sont parfois classées sous le nom Egretta dimorpha et considérées comme une sous-espèce de l’espèce mentionnée plus haut. Ce nom scientifique renvoie au dimorphisme : l’aigrette existe sous deux formes, noire et blanche. Les ibis sacrés, comme leur nom le laisse entendre, furent quant à eux considérés comme des oiseaux très particuliers, ce qui leur valut autrefois de souffrir fortement de la main de l’homme.
Dans l’Égypte ancienne, ces oiseaux étaient vénérés et... exterminés. L’ibis était considéré comme l’incarnation terrestre du dieu Thot, l’une des divinités majeures de la mythologie égyptienne. Vous avez sans doute déjà vu l’image d’un homme à tête d’oiseau, au long bec recourbé vers le bas : c’est Thot. Les fidèles pensaient accomplir un acte pieux en sacrifiant à ce dieu des oiseaux capturés puis tués. Des pèlerins venaient de tout le pays vers les grands temples d’Égypte, portant des ibis morts. À une certaine époque, les temples momifiaient et conservaient chaque année des milliers d’ibis dans d’immenses catacombes. Selon certaines estimations, les anciens Égyptiens auraient tué et momifié environ 8 millions d’oiseaux de cette espèce pour des raisons religieuses. Aujourd’hui, l’espèce n’est pas gravement menacée, ses populations sont nombreuses et elle a été introduite dans d’autres régions du monde, notamment en Europe. L’ibis sacré est abondant presque partout, sauf dans un pays : l’Égypte.
De nombreuses espèces différentes sont observées sur les îles proches de Dar es Salaam, sur le rivage et au large. Parmi elles figure un oiseau au comportement singulier : la sterne de Dougall (Sterna dougallii). Bien que le kleptoparasitisme ne soit pas typique des sternes en général, la sterne de Dougall vole activement des poissons à d’autres oiseaux. Cela l’aide à se nourrir par mauvais temps, lorsque les poissons descendent plus profondément dans l’eau, hors de sa portée. Si vous observez la sterne de Dougall en période ordinaire, rien de rose ne se remarque dans son plumage. Pendant la saison nuptiale, en revanche, sa poitrine prend une teinte rosée, d’où son nom anglais.
Les îles, le rivage et les eaux plus éloignées abritent une avifaune très abondante. Plus de 450 espèces ont été recensées dans cette zone. Les îles, du moins celles fréquentées par les voyageurs, se rejoignent en bateau, que l’on loue facilement depuis les jetées de Dar es Salaam. Il est aussi possible de s’entendre avec des bateliers pour atteindre d’autres îles, moins balnéaires, ou sortir en mer afin d’observer les oiseaux en train de pêcher.
Réserve de faune de Pande
Non loin de Dar es Salaam se trouvent la réserve de faune de Pande et la forêt de Dondwe. On les rejoint en quittant la ville par la route qui mène de Dar es Salaam à Bagamoyo. Ce secteur n’est pas vaste, mais il joue un rôle important pour l’avifaune, compte tenu de l’urbanisation active autour de la plus grande métropole de Tanzanie. Les limites de la forêt de Dondwe ne sont toutefois pas clairement marquées. De nombreuses espèces observées ici recoupent la liste des oiseaux de la réserve forestière voisine des Pugu Hills.
Pande abrite le circaète fascié (Circaetus fasciolatus), un petit oiseau appelé akalat de Gunning (Sheppardia gunningi), la grive tachetée migratrice (Geokichla guttata), qui se repose dans ce secteur pendant ses longs vols, ainsi que le pipit de Sokoke (Anthus sokensis), classé en danger.
Dans les forêts, on peut observer le gobemouche jaune (Erythrocercus holochlorus), le cossyphe à queue rousse (Neocossyphus rufus), le bulbul à stries jaunes (Phyllastrephus flavostriatus), le drongo de Ludwig (Dicrurus ludwigii), l’eurylaime du Cap (Smithornis capensis), le trogon narina (Apaloderma narina) et bien d’autres représentants de l’avifaune forestière. Le nom du trogon, d’ailleurs, cache une histoire d’amour entre un explorateur français de l’Afrique et une belle femme africaine du groupe ethnique Gonakwa.
L’ornithologue François Levaillant, qui voyagea dans le sud de l’Afrique au dernier quart du XVIIIe siècle, fut fasciné par une jeune femme du peuple xhosa. Dans ses notes, il décrivit le jeu de séduction qui s’établit avec elle, un récit qui influença les premiers romans sud-africains du XVIIIe siècle consacrés aux relations amoureuses entre Européens et femmes africaines. Il la nomma Narina, ce qui signifie « fleur » dans la langue Les Khoekhoen sont un peuple autochtone nomade du sud-ouest de l’Afrique. Leur langue est antérieure aux langues bantoues. . Ce mot est resté dans l’histoire à travers le nom de l’oiseau coloré qu’il découvrit et décrivit plus tard. On considère que François Levaillant fut l’un des pionniers du récit de voyage et qu’il contribua à inventer une forme de voyage devenue populaire : le safari, même s’il n’employait pas alors le mot swahili « safari », ajouté plus tard.
La réserve de faune de Pande compte aussi un endémique local : l’illadopsis à poitrine pâle (Illadopsis rufipennis). Il s’agit ici de la sous-espèce Illadopsis distans puguensis, observée non seulement dans la forêt de Dondwe, mais aussi, comme son nom scientifique l’indique, dans la forêt des Pugu Hills déjà mentionnée.
Côte de Bagamoyo
Au nord de Dar es Salaam se trouve la ville de Bagamoyo, elle aussi tournée vers l’océan Indien. Elle est entourée de plusieurs réserves forestières, dont la forêt de Zaraninge est la plus étudiée. De nombreux perroquets à cou brun (Poicephalus fuscicollis) y vivent, reconnaissables à leur bec large et puissant. Grâce à lui, ces perroquets fendent les noix les plus dures et les graines de fruits, une particularité qui les distingue d’espèces proches vivant dans les savanes.
Dans la même forêt, il est possible d’observer le calao couronné (Lophoceros alboterminatus), le trogon narina (Apaloderma narina) et le pic tacheté (Campethera cailliautii). Toutes ces espèces nichent ici en plus grand nombre que dans les forêts voisines comparables. Le souimanga de Reichenow (Anthreptes reichenowi) et le gladiateur splendide (Telophorus viridis) y sont également assez communs.
Le pipit de Sokoke (Anthus sokokensis) est considéré comme l’une des espèces les plus intéressantes de ce secteur. Le rougegorge étoilé (Pogonocichla stellata) retient également l’attention des ornithologues ; il pourrait utiliser la forêt de Zaraninge comme site d’hivernage.
Il faut garder à l’esprit que ce même secteur inclut le parc national de Saadani, seul parc national de toute la Tanzanie continentale à disposer d’un accès direct à l’océan. Plus de 300 espèces d’oiseaux y sont observées. Parmi elles figure une espèce particulièrement belle, proche du statut vulnérable : le touraco de Fischer. Il porte le nom de l’explorateur de l’Afrique Gustav Adolf Fischer était un explorateur de l’Afrique, voyageur et médecin militaire de l’Empire allemand. À partir de 1878, il parcourut l’Afrique de l’Est lors des expéditions des frères Dengardt dans l’actuel Kenya. Plus tard, il vécut à Zanzibar, dans l’actuelle Tanzanie, où il exerça comme médecin. En 1882, il entreprit un voyage indépendant depuis l’embouchure du fleuve Pangani, sur le continent, jusqu’au lac Naivasha, traversant ainsi les vastes terres du peuple maasaï. Au cours de cette expédition, il observa de beaux perroquets qu’il nomma en son honneur, les inséparables de Fischer. Il est aussi connu pour sa tentative infructueuse de retrouver d’autres explorateurs de l’Afrique, parmi lesquels l’Allemand Emin Pasha et le voyageur russo-allemand Wilhelm Junker, mais il revint à Zanzibar sans succès. Peu après, il tomba malade d’une fièvre tropicale qui lui coûta la vie. Une autre espèce d’oiseau, le bulbul de Fischer (Phyllastrephus fischeri), porte également son nom.
Au total, 11 espèces menacées à l’échelle mondiale sont répertoriées dans le parc national de Saadani. Cette liste comprend d’abord de nombreux oiseaux de la famille des Accipitridés, ainsi que plusieurs espèces de Scolopacidés, les limicoles apparentés aux bécasseaux. De nombreux oiseaux apparaissent près de la rivière Wami, surtout à proximité de son embouchure. C’est notamment vers ce secteur, en plus de la forêt de Zaraninge, que le parc national oriente les observateurs d’oiseaux.
Forêts littorales du district de Kisarawe
Au sud-ouest de Dar es Salaam, de basses collines couvertes de forêts denses reçoivent d’importantes pluies, ce qui rend la flore du sous-bois particulièrement riche. Cette végétation attire les oiseaux. Ils vivent dans trois réserves forestières de la zone, dont deux sont mieux étudiées : Pugu Hills et Kazimzumbwi. L’avifaune subit toutefois la pression de la mise en culture des terres et de la déforestation ; on y trouve donc moins d’espèces que dans les sites précédents.
Ce secteur est considéré comme abritant la plus grande population tanzanienne d’akalats de Gunning (Sheppardia gunningi). Parmi les autres oiseaux observés ici figurent la chevêchette du Cap (Glaucidium capense), le martinet de Böhm (Neafrapus boehmi), le coucou d’Audebert (Pachycoccyx audeberti), le pic de Bennett (Campethera bennettii) et le sénégali nain (Pyrenestes minor). Dans l’ensemble, les espèces vivant dans les collines forestières de Kisarawe recoupent largement celles de la réserve de faune de Pande.
Parmi les migrateurs inhabituels, tout ornithologue sera heureux d’observer ici la caille peinte (Synoicus chinensis). Ces très beaux oiseaux vivent en Asie, en Australie et sur les îles situées entre ces deux régions. D’autres espèces migratrices ont également été signalées ici : le râle perlé (Sarothrura elegans) et la colombe cannelle (Aplopelia larvata), aussi appelée colombe citron, qui passe beaucoup de temps au sol et se distingue ainsi nettement d’autres espèces proches.
D’autres migrateurs fréquentent aussi ces forêts, comme l’échenilleur gris (Ceblepyris caesius), la grive de Gurney (Geokichla gurneyi) et le bulbul à joues striées (Arizelocichla milanjensis). D’autres oiseaux vivement colorés, intéressants à observer et à photographier, apparaissent également ici : le cossyphe de Natal (Cossypha natalensis) et la brève d’Angola (Pitta angolensis). L’illadopsis à poitrine pâle (Illadopsis rufipennis) est un endémique local, comme dans la forêt voisine de Dondwe.
Île d’Unguja, Zanzibar
À l’est du continent tanzanien, dans l’océan Indien, l’archipel de Zanzibar se trouve à 25-50 km au large. L’île principale de l’archipel s’appelle Unguja, mais elle est couramment désignée sous le nom de Zanzibar. Elle compte trois petits secteurs d’intérêt pour les ornithologues. Le premier est la forêt de Jozani. Jozani est la seule forêt subsistant sur l’île, bien qu’elle ait été fortement transformée par l’intervention humaine. Plus de 200 espèces figurent sur la liste des oiseaux qui y ont été observés.
Parmi les formes endémiques visibles ici se trouvent le touraco de Fischer, plus précisément la sous-espèce Tauraco fischeri zanzibaricus, présente uniquement sur l’île, ainsi que le bulbul verdâtre (Eurillas virens) – avec sa sous-espèce endémique Eurillas virens zanzibarica – et le souimanga gris, aussi appelé souimanga souris (Cyanomitra verreauxii/Cyanomitra veroxii) – sous-espèce Cyanomitra verreauxii zanzibarica. Tous ces oiseaux sont connus pour ne vivre que sur l’île d’Unguja.
Un autre souimanga est présent ici : le souimanga olivâtre (Cyanomitra olivacea). La sous-espèce Cyanomitra obscura granti ne se trouve que sur Unguja et Pemba, les deux plus grandes îles de l’archipel de Zanzibar. L’agrobate barbu (Cercotrichas quadrivirgata) vit uniquement sur les îles d’Unguja et de Mafia. Il s’agit précisément de la sous-espèce Cercotrichas quadrivirgata greenwayi. Mafia est la troisième plus grande île de Tanzanie, après Unguja et Pemba. Elle appartient géologiquement à l’archipel de Zanzibar, mais pas administrativement. Nous parlerons donc des oiseaux de Mafia dans un autre article.
Les côtes sud et est de l’île d’Unguja jouent également un rôle important pour l’observation des oiseaux ; elles comprennent respectivement la baie de Kiwani et la baie de Chwaka. La baie de Chwaka abrite un très grand nombre de limicoles. Parmi les centaines d’individus observés dans la baie figure un très bel oiseau, le tournepierre à collier (Arenaria interpres). Il doit son nom à sa manière de chercher sa nourriture : il fouille le rivage avec tant de minutie qu’il retourne pierres et coquillages pour regarder dessous. Fait intéressant, un visiteur rare, le fou du Cap (Morus capensis), a été observé ici. Ses colonies nichent habituellement sur des îles au large de la Namibie et de l’Afrique du Sud. À Unguja, il a été vu près de la plage de Paje.
Pour la côte sud d’Unguja, l’intérêt se porte moins sur les baies et les bandes littorales que sur les minuscules îles coralliennes situées à l’ouest, en premier lieu Chumbe Island. Sur Chumbe et les petits îlots voisins, on peut observer la sterne de Dougall (Sterna dougallii), le cossyphe de Natal (Cossypha natalensis) et la rousserolle effarvatte (Acrocephalus scirpaceus). Au total, près de 350 espèces d’oiseaux ont été recensées sur Unguja. Cette île, avec les autres secteurs évoqués dans cet article, forme une destination de grand intérêt pour les observateurs curieux.
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