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Lac Victoria et parcs nationaux voisins : un paradis pour l’ornithologie

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Temps de lecture : 18 min.
Observation des oiseaux Observation des oiseaux

Les itinéraires touristiques les plus fréquentés traversent les parcs nationaux du nord et du sud du pays, parmi les sites les mieux explorés de Tanzanie pour la diversité de leur avifaune. On y retrouve notamment les célèbres Serengeti et Ngorongoro, le lac Manyara, connu depuis l’époque d’Hemingway, un parc national qui inclut le Kilimandjaro, ainsi que, plus au sud, Mikumi, Selous et Nyerere, sans oublier les vastes étendues sauvages du parc national de Ruaha. Pourtant, la Tanzanie compte aussi des lieux moins explorés, rarement visités. Cela ne signifie pas que les voyageurs attirés par l’ornithologie en Tanzanie n’y trouveront rien à observer.

Dans le nord-ouest du pays, de nombreux habitats riches attirent des milliers d’oiseaux appartenant à des espèces variées. L’eau y est partout : des lacs de la Kagera bordés de marais aux rivières qui alimentent le lac Victoria, jusqu’à l’immense lac lui-même, avec ses roselières de papyrus et ses îles couvertes de forêts denses. Il y a quelques années, le gouvernement tanzanien a créé ici plusieurs nouveaux parcs nationaux, dont les inventaires ornithologiques restent encore incomplets. Ces aires protégées ont besoin d’ornithologues passionnés, prêts à partir sur le terrain en Tanzanie et à contribuer à l’exploration de cette avifaune locale remarquable.

Parc national de Burigi-Chato

Aux abords du lac Victoria, le plus grand lac d’Afrique, s’étend le parc national de Burigi-Chato. Par sa superficie, il couvre de vastes territoires et se classe au 6e rang des parcs nationaux de Tanzanie. Il s’étire depuis les rives du lac jusqu’au Rwanda voisin. Le relief y est vallonné, habillé de forêts, traversé de rivières et marqué par l’étonnante longueur du lac Burigi. Mesurer précisément ce lac n’est pas simple : sa longueur varie de 18 à 30 kilomètres. Ce phénomène est courant dans cette partie de l’Afrique, où de nombreux plans d’eau alternent entre périodes de remplissage et phases d’assèchement. Le lac, les rivières et leurs plaines inondables, ainsi que les marais permanents, rendent ce territoire particulièrement attractif pour les oiseaux.

Plusieurs becs-en-sabot du Nil (Balaeniceps rex) y ont été observés, et certains spécialistes supposent qu’ils pourraient nicher dans ces zones. Cet oiseau solitaire recherche les marais difficiles d’accès. Aucune donnée précise n’existe sur sa population en Tanzanie, et chaque site où il a été aperçu suscite un grand intérêt chez les ornithologues. Le parc national de Burigi-Chato fait partie des rares lieux favorables où cette espèce rare pourrait se reproduire.

Des observations de barbican à face rouge (Lybius rubrifacies) ont également été signalées ici. Ces oiseaux occupent une aire de répartition limitée, circonscrite à cette partie de la Tanzanie et aux pays voisins. On les rencontre dans les forêts ou les prairies ponctuées d’arbres isolés. Les barbicans à face rouge vivent souvent en couple ou en petits groupes familiaux. Leur comportement reste peu documenté, ce qui rend leur observation d’autant plus intéressante. Le monticole du miombo (Monticola angolensis) et le traquet d’Arnot (Myrmecocichla arnotti), habituellement présents beaucoup plus au sud, ont eux aussi été observés dans le parc national.

Barbican à face rouge. Photo de Bradley Hacker
Barbican à face rouge. Photo de Bradley Hacker
Traquet d’Arnot. Photo de Fernando Enrique Navarrete
Traquet d’Arnot. Photo de Fernando Enrique Navarrete

Ces vastes espaces constituent un bon habitat pour le râle des genêts (Crex crex) et la bécassine double (Gallinago media). À tout le moins, ces oiseaux migrateurs utilisent le territoire du parc national comme halte pendant leurs longs déplacements. La bécassine double est réputée pour ses capacités migratoires extraordinaires, parcourant d’immenses distances sans repos. Sa migration couvre une amplitude impressionnante de 4 000 à 7 000 kilomètres, qu’elle accomplit en moyenne en 3 jours. Non seulement elle franchit souvent plusieurs milliers de kilomètres sans halte, mais sa vitesse de vol est elle aussi remarquable. Les bécassines doubles figurent parmi les oiseaux migrateurs les plus rapides, pouvant atteindre 97 km/h. Elles pourraient également détenir un record d’altitude : un individu de cette espèce a été observé à 8 700 mètres au-dessus du niveau de la mer. Songer qu’un oiseau si petit puisse accomplir de telles performances a quelque chose de saisissant.

Les listes d’observation de cette zone mentionnent des cratéropes à lore noir (Turdoides sharpei), oiseaux bruyants vivant en groupes dans les buissons et les hautes herbes, ainsi que des francolins à collier (Scleroptila streptophora), amateurs de collines rocheuses couvertes d’herbe. Comme tous les francolins, ils fuient rapidement dès qu’ils perçoivent un danger, mais ceux-ci sont particulièrement farouches. On estime qu’il est plus facile de les apercevoir tôt le matin.

Cratérope à lore noir
Cratérope à lore noir
Francolin à collier. Photo de Ross Gallardy
Francolin à collier. Photo de Ross Gallardy

Jusqu’à récemment, le parc national de Burigi-Chato regroupait les réserves de Burigi, Biharamulo et Kimisi. Dans de nombreuses sources, cette zone reste décrite selon cette ancienne classification. Il est surprenant qu’aucune liste exhaustive d’espèces d’oiseaux n’existe encore pour cette partie de la Tanzanie, qui demeure peu étudiée. Seules quelques dizaines d’espèces ont été documentées, alors qu’un habitat aussi diversifié devrait en accueillir bien davantage. Le nombre d’espèces présentes ici est probablement proche de 400. On peut espérer que, dans les prochaines années, ces territoires encore peu explorés attireront davantage de voyageurs, notamment des ornithologues avertis. Cela permettra de mieux comprendre la vie aviaire du nord-ouest de la Tanzanie.

Les zones humides de la rivière Kagera

Dans le nord-ouest de la Tanzanie, le long de la frontière avec le Rwanda, coule l’une des plus longues rivières du pays : la Kagera. Elle est considérée comme la source la plus éloignée du système du Nil. La rivière a donné son nom à une région de Tanzanie ainsi qu’au parc national d’Akagera, au Rwanda voisin. Sur presque tout son cours, la Kagera forme une vaste plaine inondable ponctuée de marais, avec un bassin versant total de 60 000 kilomètres carrés. Elle devient finalement le plus grand affluent du lac Victoria. Plusieurs lacs parsèment aussi ces terres. Une telle abondance d’habitats aquatiques attire naturellement de nombreuses espèces d’oiseaux.

En 2019, 3 parcs nationaux ont été créés près de la rivière Kagera : Burigi-Chato, Rumanyika-Karagwe et Ibanda-Kyerwa. Les recherches sur la faune et la flore se poursuivent sur leurs territoires, les itinéraires de safari sont en cours de développement et des infrastructures logistiques destinées aux visiteurs sont prévues. En somme, l’étude détaillée de cette région, y compris sur le plan ornithologique, reste encore à mener. Vous avez ici l’occasion rare de compter parmi les premiers explorateurs de la vie aviaire dans l’ouest de la Tanzanie, à l’ouest du lac Victoria. Le parc national rwandais d’Akagera constitue un exemple inspirant : créé il y a près d’un siècle, il est littéralement parsemé de sites prisés des ornithologues et considéré comme l’un des plus vastes du système du Nil. La partie tanzanienne de la plaine inondable de la Kagera recevra sans doute, elle aussi, une attention croissante dans les prochaines années. Pour l’instant, l’avifaune de ces lieux reste peu étudiée et décrite seulement dans les grandes lignes, comme une zone importante pour les oiseaux des marais de la Kagera.

La présence de la fauvette aquatique du papyrus (Calamonastides gracilirostris) a été documentée dans cette zone. Relativement rare en Afrique de l’Est, elle se rencontre exclusivement dans les papyrus et les roselières, comme son nom le suggère. Une autre rousserolle, la rousserolle des marais (Acrocephalus rufescens), porte un nom assez proche, mais elle est beaucoup plus visible et possède une aire de répartition nettement plus vaste. Certaines ressemblances existent entre la fauvette aquatique du papyrus et d’autres oiseaux, mais plusieurs caractères permettent de la distinguer : le dessus du corps plus verdâtre, le bec plus large, les pattes et la queue fines. Le chant diffère également, un critère souvent décisif pour l’identification. Il faut donc observer avec attention lorsque l’on distingue des espèces proches.

Fauvette aquatique du papyrus. Photo de Gary Douglas
Fauvette aquatique du papyrus. Photo de Gary Douglas
Gonolek des papyrus
Gonolek des papyrus

Le bec-en-sabot du Nil (Balaeniceps rex) a lui aussi été observé ici, quoique rarement et en petit nombre. On suppose que ces zones pourraient en abriter davantage. La bécassine des marais (Gallinago media) y a été signalée, mais de manière peu fréquente. En revanche, le gonolek des papyrus (Laniarius mufumbiri) se rencontre sur presque tout le cours de la Kagera. C’est un bel oiseau coiffé d’une « calotte » jaune, dont la poitrine et le ventre sont décrits comme d’un rose orangé éclatant. Ses vocalisations sonores, faites de sifflements et de grincements, aident à le localiser dans les massifs de papyrus.

On sait que les marais de la Kagera abritent la dromaeocerque à ailes blanches (Bradypterus carpalis), de la famille des Locustellidae, ainsi que le serin du papyrus (Crithagra koliensis), appartenant à la famille des fringillidés. Ce dernier construit son nid directement sur les tiges de papyrus, en utilisant les feuilles de la plante. Comme le montrent leurs noms, de nombreux oiseaux de la région dépendent étroitement de la flore qui domine le long de la rivière Kagera.

Dromaeocerque à ailes blanches. Photo de Stefan Hirsch
Dromaeocerque à ailes blanches. Photo de Stefan Hirsch
Serin du papyrus. Photo de Jason Estep
Serin du papyrus. Photo de Jason Estep

Réserve forestière de Minziro

Plus au nord, près de la frontière avec l’Ouganda, se trouve une importante réserve forestière située sur un haut plateau. Plus de 200 espèces d’oiseaux y ont été recensées, dont plusieurs dizaines sont davantage caractéristiques des forêts ougandaises que de celles de Tanzanie. C’est l’un de ces lieux aux habitats véritablement singuliers.

On peut y observer le parmoptile de Woodhouse (Parmoptila woodhousei), qui vit normalement à l’autre extrémité du continent, dans le biome d’Afrique occidentale et centrale. Le gobemouche-grièche africain (Megabyas flammulatus) a également été repéré dans les forêts locales. Le coucou à longue queue de Mechow (Cercococcyx mechowi) mérite aussi l’attention : la côte occidentale du lac Victoria est le seul endroit de Tanzanie où il peut être observé.

Parmoptile de Woodhouse. Photo de Garrett Rhyne
Parmoptile de Woodhouse. Photo de Garrett Rhyne
Coucou à longue queue de Mechow. Photo de Megan Perkins
Coucou à longue queue de Mechow. Photo de Megan Perkins

Pour un ornithologue, l’une des plus belles rencontres possibles est le touraco géant (Corythaeola cristata). Cet oiseau d’une beauté presque impossible à décrire appelle l’observation directe. Il est d’ailleurs plus facile à admirer que d’autres espèces de touracos, car ses capacités de vol sont limitées : il se déplace souvent en sautant de branche en branche. On sait malheureusement que, dans certaines zones rurales de la République démocratique du Congo, les habitants consomment la viande de ces oiseaux.

Touraco géant
Touraco géant
Souimanga superbe. Photo de John Sterling
Souimanga superbe. Photo de John Sterling

Le souimanga superbe (Cinnyris superbus) peut être une autre belle observation dans cette réserve forestière. Outre cette espèce, 5 autres souimangas y sont présents. Autre oiseau coloré de la zone : le martin-pêcheur à ventre blanc (Corythornis leucogaster). Quant au calao à casque noir et blanc (Bycanistes subcylindricus), il captivera même les ornithologues les plus chevronnés. Ce grand calao forestier est particulièrement attiré par les arbres fruitiers, notamment les figuiers.

Martin-pêcheur à ventre blanc. Photo de Daniel López-Velasco | Ornis Birding Expeditions
Martin-pêcheur à ventre blanc. Photo de Daniel López-Velasco | Ornis Birding Expeditions
Un couple de calaos à casque noir et blanc
Un couple de calaos à casque noir et blanc

Il est important de ne pas regarder seulement les branches, mais aussi le sol. À Minziro, certains oiseaux remarquables sont attirés par les vers, les mollusques et les sangsues. Le râle perlé (Sarothrura pulchra), par exemple, parcourt le sous-bois à la recherche de nourriture, tandis que le francolin de Latham (Peliperdix lathami) demeure discret et assez farouche.

Râle perlé. Photo de Tong Mu
Râle perlé. Photo de Tong Mu
Francolin de Latham. Photo de Shane Dollman
Francolin de Latham. Photo de Shane Dollman

Dans la forêt de Minziro, de nombreuses autres espèces belles et inhabituelles peuvent être rencontrées. Nous ne pouvons malheureusement pas toutes les citer dans ce bref aperçu ; mentionnons seulement quelques-unes des espèces qui habitent la zone : le malimbe à tête rouge (Malimbus rubricollis), le crombec jaune (Macrosphenus flavicans), le tchitrec à ventre roux (Terpsiphone rufiventer) et même le meilleur imitateur sonore du monde aviaire, le perroquet gris (Psittacus erithacus). Ce dernier est connu pour sa capacité non seulement à reproduire des sons complexes, mais aussi à les associer à des objets, voire à des concepts comme les couleurs et les nombres, signe d’une intelligence élevée.

Malimbe à tête rouge
Malimbe à tête rouge
Perroquet gris
Perroquet gris

En explorant cette partie nord-occidentale de la Tanzanie, gardez à l’esprit que de nombreux oiseaux traditionnellement associés à l’Afrique centrale, et même à l’Afrique de l’Ouest, peuvent être observés ici. Cette singularité fait de la région un lieu particulièrement fascinant pour l’ornithologie.

Parc national de l’île Rubondo

De nombreuses îles parsèment le lac Victoria, dont l’île Rubondo, au nord du golfe d’Emin Pasha. Avec une douzaine d’autres petites îles et les eaux qui l’entourent, elle forme le parc national de l’île Rubondo. L’île est célèbre pour son épaisse couverture forestière. Elle n’a jamais connu d’établissement permanent et accueille une grande variété d’oiseaux et de papillons, dont la diversité a été largement épargnée par la civilisation. On estime que le parc national abrite plus de 400 espèces d’oiseaux.

Outre la forêt tropicale de l’île principale, longue de 26 kilomètres, on trouve des zones importantes pour les oiseaux : marais de papyrus entourés de palmiers-dattiers, prairies et même plages de sable. La forêt couvre néanmoins jusqu’à 90 % du parc national. L’île ne compte aucune rivière, et son sol est d’origine volcanique, puisqu’elle se compose essentiellement de 4 collines volcaniques.

On y observe des hérons goliath (Ardea goliath), ainsi nommés parce qu’ils sont les plus grands représentants des hérons. Ils atteignent une hauteur impressionnante de 152 centimètres. L’île principale abrite également une importante colonie de pygargues vocifers (Haliaeetus vocifer). Les visiteurs du parc racontent que leurs cris de rapaces résonnent presque constamment au-dessus de la forêt. L’île Rubondo abriterait la population la plus densément concentrée de ces aigles majestueux dans le monde.

Héron goliath
Héron goliath
Pygargue vocifer
Pygargue vocifer

Dans le parc national, on trouve de nombreux ibis sacrés (Threskiornis aethiopicus), oiseaux auxquels l’Égypte ancienne accordait une grande importance religieuse, mais qui ont malheureusement subi des exterminations massives, entraînant un net déclin de leurs populations. Considérés comme sacrés, ils étaient offerts en sacrifice au dieu Thot. Les archives historiques estiment que jusqu’à 8 millions d’ibis furent tués durant cette période. Aujourd’hui, l’espèce s’est rétablie : sa population mondiale varie de 200 000 à 450 000 individus et ne fait plus face à une menace immédiate.

Parmi les autres oiseaux d’eau présents sur l’île, on peut observer des cormorans africains (Microcarbo africanus). Ces cormorans sont connus pour leurs remarquables capacités de plongée, qui leur permettent de descendre profondément à la recherche de proies. Cette aptitude en fait toutefois des concurrents directs des pêcheurs, qui les considèrent souvent d’un mauvais œil. Des grands cormorans (Phalacrocorax carbo) fréquentent également la zone, enrichissant encore la communauté aviaire de l’île.

Ibis sacré
Ibis sacré
Cormoran africain
Cormoran africain

Dans le parc national de l’île Rubondo, plusieurs rapaces peuvent être aperçus en vol, notamment les pygargues vocifers et les circaètes barrés (Circaetus cinerascens). Des oiseaux d’eau, comme les aigrettes dimorphes (Egretta dimorpha), y sont également observables. Le parc abrite aussi des tisserins à gorge brune (Ploceus castanops) et plusieurs autres espèces de tisserins.

L’un des plus beaux oiseaux présents ici est le souimanga à poitrine rouge (Cinnyris erythrocercus), décrit pour la première fois par le zoologiste allemand Gustav Hartlaub, connu pour ses travaux sur les espèces d’oiseaux exotiques. Sa contribution à l’ornithologie comprend la description de centaines de nouvelles espèces et la cofondation du Journal of Ornithology en 1853. Aujourd’hui, certaines espèces portent son nom en hommage à son apport à l’ornithologie.

Le perroquet gris (Psittacus erithacus) est également présent sur l’île. De manière générale, il s’agit d’une espèce introduite à Rubondo, comme la plupart des grands animaux qui y vivent. Les animaux ont été amenés sur l’île dès le milieu des années 1960. L’un des premiers à le faire fut le zoologiste et fervent défenseur des animaux Bernhard Grzimek, auteur du livre « Serengeti Shall Not Die ». Pour les perroquets gris, l’épisode date de 2000 : 34 oiseaux de cette espèce furent sauvés des mains de braconniers puis relâchés dans les vastes espaces de l’île.

Le site ebird.org recense moins de 100 espèces pour ce lieu. Toutefois, seules 9 listes d’observation ont été soumises à ce jour, et nous pensons que bien d’autres espèces restent à découvrir dans ce merveilleux parc national insulaire, riche d’une grande diversité aviaire.

Lac Victoria : golfe de Mwanza

Parmi les zones importantes pour les oiseaux du lac Victoria, on trouve plusieurs baies et secteurs adjacents, en plus des groupes d’îles. En règle générale, ces lieux restent peu étudiés et ne disposent d’aucune liste ornithologique exhaustive. C’est le cas de la baie de Bunda, presque à la limite du Serengeti, de la baie de Mara plus au nord, et de la baie de Mwanza, bordée par une grande ville du même nom.

Ces sites abritent de nombreuses espèces d’oiseaux, en particulier des oiseaux d’eau. Faute de données suffisantes, nous ne décrirons pas ici ces baies ni les îles Bumbire. Nous nous arrêterons toutefois brièvement sur la baie de Mwanza, afin d’attirer votre attention sur la région dans son ensemble et sur certains sites du lac Victoria.

La zone importante pour les oiseaux comprend une partie de la baie, des secteurs côtiers envahis de papyrus, ainsi que de petites îles lacustres, dont la plus grande s’appelle Juma. Les populations les plus remarquables sont celles de grands cormorans (Phalacrocorax carbo) et de cormorans africains (Microcarbo africanus), qui se comptent par centaines, voire par milliers. Plusieurs milliers d’aigrettes garzettes (Crinifer zonurus) y ont également été signalées.

Grand Cormoran
Grand Cormoran
Aigrette garzette
Aigrette garzette

La zone ornithologique locale inclut aussi la minuscule île de Saanane, qui forme avec 2 îlots voisins le plus petit parc national de Tanzanie : le parc national de l’île Saanane. Il couvre un peu plus de 2 kilomètres carrés. Son principal atout tient à sa situation, dans les limites mêmes de la ville de Mwanza. Le parc abrite plus de 100 espèces d’oiseaux.

Parmi les espèces les plus intéressantes, on peut citer le touraco gris oriental (Crinifer zonurus), dont le plumage n’a pas les couleurs éclatantes des touracos, mais qui demeure un oiseau original et élégant, avec un bec jaune vif et un comportement expressif. Le coucou de Klaas (Chrysococcyx klaas) impressionne lui aussi par ses reflets bronze et vert brillant. Il pond ses œufs dans les nids d’autres espèces, souvent des souimangas. Klaas, d’ailleurs, qui a donné son nom à l’espèce, n’était ni un scientifique ni un riche mécène d’expédition, mais un simple assistant, un Les Khoekhoen sont un peuple autochtone nomade d’Afrique australe. Leur langue est antérieure aux langues bantoues. qui découvrit le spécimen type. L’ornithologue François Levaillant était un ornithologue français et explorateur de l’Afrique, parti au XVIIIe siècle pour un long voyage à travers le sud du continent. Scientifique curieux, admirateur de la beauté et chasseur passionné, il tomba amoureux, pendant son périple en Afrique australe, d’une jeune femme khoekhoe, dont il relata le flirt dans ses notes. Ces écrits influencèrent les premiers romans sud-africains consacrés aux relations entre Européens et femmes africaines. Le Français la nomma Narina, ce qui signifie « fleur » dans la langue khoekhoe. Plus tard, il décrivit une nouvelle espèce d’oiseau et lui donna le nom de sa bien-aimée : Apaloderma narina, connue sous le nom de trogon de Narina. François Levaillant est considéré comme un pionnier du récit de voyage et un innovateur dans le style de voyage appelé safari, bien qu’il n’ait pas lui-même créé le terme « safari ». Le mot vient du swahili et s’est imposé après son époque. le considérait comme son ami et souhaitait inscrire son nom dans l’histoire.

Touraco gris oriental
Touraco gris oriental
Coucou de Klaas
Coucou de Klaas

Parmi les souimangas locaux, citons le souimanga variable (Cinnyris venustus) et le souimanga à poitrine écarlate (Chalcomitra senegalensis). Leur régime alimentaire comprend, en plus du nectar, divers insectes, araignées, criquets et chenilles. Mais la nature les a surtout façonnés pour prélever le nectar : leur faible poids les aide à voleter aisément de fleur en fleur, en stationnaire devant celles qui les attirent ; leur long bec recourbé, à pointe fine, leur permet d’atteindre le nectar en perçant les pétales si nécessaire. Leurs longues langues tubulaires sont spécialement adaptées à l’aspiration du nectar. Cela vaut pour tous les souimangas. L’île abrite également quelques autres espèces.

Souimanga variable
Souimanga variable
Souimanga à poitrine écarlate
Souimanga à poitrine écarlate

L’anomalospize parasite, aussi appelé pinson-coucou (Anomalospiza imberbis), est un autre oiseau intéressant que l’on peut rencontrer ici. Présent dans de nombreuses régions d’Afrique, il fut toutefois découvert et décrit pour la première fois en Tanzanie, sur la côte faisant face à Zanzibar. On l’appelle parasite parce que, comme les coucous, il pond ses œufs dans les nids d’autres oiseaux. Ses victimes sont souvent des prinias, petits oiseaux de la famille des Cisticolidae. Ces victimes réagissent-elles ? Leurs propres œufs ont évolué rapidement, changeant de coloration afin que les parents puissent distinguer leurs œufs de ceux du parasite. Fait fascinant, les œufs des pinsons-coucous ont eux aussi commencé à s’adapter : les oiseaux parasites pondent désormais des œufs ressemblant aux nouvelles couleurs des œufs de leurs hôtes. Une véritable course évolutive, observée au cours des dernières décennies.

Anomalospize parasite. Photo de Phil Chaon
Anomalospize parasite. Photo de Phil Chaon
Prinia modeste (Prinia subflava) - victime de l’anomalospize parasite
Prinia modeste (Prinia subflava) - victime de l’anomalospize parasite

Sur les îles du parc national de l’île Saanane, comme tout au long de la rive tanzanienne du lac Victoria, on rencontre de nombreux autres oiseaux intéressants. Un bon exemple est un site classé parmi les 15 meilleurs hotspots de Tanzanie selon ebird.org, avec 400 espèces d’oiseaux recensées : l’un des lodges près de la baie de Speke. La baie, d’ailleurs, porte le nom de  John Speke était un célèbre explorateur anglais et un infatigable aventurier en Afrique. Au milieu du XIXe siècle, il mena 3 expéditions à travers un continent encore mal connu des Européens, à la recherche de la source du Nil. Grâce à ses travaux, l’Europe découvrit les 3 Grands Lacs d’Afrique ainsi que la véritable source du Nil : le lac Victoria, alimenté notamment par la rivière Kagera. l’explorateur européen qui identifia le lac Victoria comme la source du Nil.

Pour les autres sites ornithologiques de Tanzanie encore peu étudiés et décrits dans cet article, nous vous invitons à voir ce manque de données comme un appel à parcourir ces lieux fascinants, riches d’une vie aviaire très diverse, et à compter parmi leurs premiers observateurs.

Pour explorer les sites ornithologiques les plus intéressants dans d’autres régions du pays, nous vous recommandons notre article de synthèse « Tanzanie : les 10 meilleurs sites d’observation des oiseaux ».

Publié le 8 octobre 2023 Mis à jour le 20 mai 2026
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À propos de l’auteur
Yurii Bogorodskiy

Yuri, chercheur et rédacteur à plein temps chez Altezza Travel, vit en Tanzanie depuis 2019. Il a exploré de nombreuses destinations moins connues du pays, notamment les parcs nationaux de Kitulo et de Rubondo, le lac Victoria, Zanzibar, ainsi que de nombreux sites historiques, naturels et archéologiques.

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