Parmi les lieux les plus intéressants pour les passionnés d’ornithologie dans le nord de la Tanzanie figurent les parcs nationaux du Serengeti, du Ngorongoro et le lac Natron, les parcs nationaux d’Arusha et du Kilimandjaro, ainsi que le parc national de Mkomazi, dissimulé derrière les chaînes des Pare et des Usambara, entre autres sites.
Les parcs nationaux du nord en comptent deux particulièrement appréciés des voyageurs : le lac Manyara et le Tarangire. Ces lieux sont connus dans le monde entier depuis l’époque d’Ernest Hemingway, qui parcourut longuement avec son épouse les colonies britanniques, notamment les territoires de l’actuelle Tanzanie et du Kenya. Ici, dans le Serengeti, sur les rives du lac Manyara et près de l’actuel parc du Tarangire, l’écrivain séjourna longuement, chassa, s’intéressa aux cultures locales et écrivit notamment le récit « Les Vertes Collines d’Afrique » ainsi que la nouvelle « Les Neiges du Kilimandjaro ». Dès les années 1930, la richesse de la faune sauvage et la beauté saisissante des paysages d’Afrique de l’Est attiraient déjà des voyageurs curieux et avertis.
Ces deux grands parcs nationaux et leurs environs abritent encore aujourd’hui une faune sauvage extrêmement diverse et abondante. L’avifaune y est elle aussi remarquable, avec de nombreuses espèces que les amateurs d’observation ornithologique espèrent inscrire à leur carnet. Dans cet article, nous détaillons les oiseaux que l’on peut observer lors d’un voyage ornithologique en Tanzanie, autour du lac Manyara, du Tarangire et de la steppe maasaï.
Lac Manyara
Cette vaste zone comprend le lac Manyara, le parc national du même nom dans son intégralité, une partie du lac située hors de ses limites, ainsi que la réserve forestière de Marang, qui domine le parc. Le lac est salé, mais moins que Natron et Eyasi, car il est alimenté par des rivières d’eau douce. Sa profondeur maximale dépasse à peine 3,5 mètres et sa profondeur moyenne, selon les relevés, reste inférieure à 1 mètre. Un autre trait le rapproche des lacs mentionnés plus haut : d’immenses groupes de flamants roses, parfois par milliers, viennent se rassembler sur le Manyara. Au total, les eaux du lac peuvent attirer simultanément plus de 2 millions d’oiseaux d’eau, dont la majorité sont des flamants nains (Phoeniconaias minor).
Le lac Manyara accueille également des tantales ibis (Mycteria ibis), des pélicans gris (Pelecanus rufescens), des marabouts d’Afrique (Leptoptilos crumenifer), qui nichent traditionnellement à proximité, ainsi que des hérons cendrés (Ardea cinerea).
Sur les rives boueuses du lac, nous avons observé des migrateurs venus d’Eurasie : des marouettes ponctuées (Porzana porzana) en hivernage, ainsi que des pipits à gorge rousse (Anthus cervinus). À l’est du lac, hors du parc national, se trouvaient des concentrations de tisserins à queue rousse (Histurgops ruficaudus), endémiques de Tanzanie et amateurs de pâturages inondés pendant la saison des pluies. Des faucons crécerellettes (Falco naumanni) et des busards pâles (Circus macrourus) y ont également été vus en hivernage. Au nord du lac, le crabier blanc, également appelé crabier de Madagascar (Ardeola idae), a lui aussi été observé ; il s’agit d’une espèce menacée.
Le lac Manyara offre aussi des habitats au canard souchet (Spatula clypeata), au pélican blanc (Pelecanus onocrotalus), à l’échasse blanche (Himantopus himantopus), à l’avocette élégante au bec recourbé vers le haut (Recurvirostra avosetta), au pluvier asiatique (Charadrius asiaticus), au chevalier stagnatile (Tringa stagnatilis), à la sterne hansel (Gelochelidon nilotica) et à quelques autres espèces présentes sur les lacs Natron et Eyasi, ainsi que dans les marais de la vallée de Yaeda.
Environ 400 espèces d’oiseaux sont recensées dans le parc national du Lac Manyara proprement dit. Outre celles déjà citées, on peut mentionner, parmi les rapaces, le vautour palmiste (Gypohierax angolensis) et l’aigle d’Ayres (Hieraaetus ayresii). Au total, près de 50 espèces de rapaces ont été observées dans le parc.
L’attention des visiteurs se porte immanquablement sur certains habitants très colorés du parc national, comme le martin-chasseur à tête grise (Halcyon leucocephala), le calao à joues argent (Bycanistes brevis) et la grue royale (Balearica regulorum), reconnaissable à sa huppe dorée. Cette dernière espèce est hélas considérée comme menacée.
Les personnes qui souhaitent observer le plus grand nombre possible d’espèces dans cette région doivent garder à l’esprit qu’une zone plus vaste, dépassant les limites du lac et du parc national, est considérée comme très favorable à l’observation des oiseaux et classée zone ornithologique importante. Ce n’est pas un hasard si la réserve de biosphère du Lac Manyara, qui englobe le parc national et des territoires étendus, a été créée ici. Au total, on peut y espérer près de 600 espèces d’oiseaux. À l’est du lac se trouve également le corridor de migration de la faune sauvage de Kwa Kuchinja, emprunté par de nombreux animaux depuis le lac Manyara vers le bassin d’Engaruk, au nord, et vers le parc national voisin du Tarangire.
Parc national du Tarangire
Ce parc national est d’abord connu pour les nombreux éléphants qui vivent sur ses vastes territoires ponctués d’immenses baobabs. Le Tarangire s’étend sur des collines et des marais de basse altitude, un paysage caractéristique des terres de la steppe maasaï à l’est. Il tient son nom de la rivière qui traverse le parc vers le nord avant de se jeter dans le lac Burungi, hors du parc national. Ce lac est lui aussi considéré comme une zone importante pour les oiseaux et la biodiversité.
Plus de 500 espèces d’oiseaux vivent dans le Tarangire. Les plus caractéristiques et les plus visibles sont, bien sûr, l’autruche d’Afrique (Struthio camelus) et l’outarde kori (Ardeotis kori). La première est souvent décrite comme le plus grand oiseau du monde, capable de tuer un lion ou un homme d’un coup bien porté, tandis que la seconde est le plus lourd des oiseaux capables de voler. Les autruches peuvent peser jusqu’à 130 kilogrammes, les outardes jusqu’à 20 kilogrammes. Pour les ornithologues, l’observation du pipit cafre (Anthus caffer), considéré comme rare en Afrique de l’Est, présente un intérêt particulier.
Le barbican à tête rouge (Trachyphonus erythrocephalus), très coloré, mérite lui aussi l’attention. On le connaît pour son habitude d’occuper d’anciennes fourmilières et termitières, entrant alors en concurrence avec les mangoustes pour ces abris. Un autre oiseau superbe utilisant les termitières abandonnées est le rollier à longs brins (Coracias caudatus). Il aime aussi installer son nid dans les arbres morts. Son plumage nuancé fascine : poitrine lilas, abdomen bleu, nuque verte, lignes inférieures des ailes d’un bleu éclatant, couvertures supérieures brun doux, face aux joues rougeâtres traversée d’une bande blanche aux reflets givrés. Au Kenya voisin, cet oiseau est considéré comme le symbole officieux du pays.
Huit espèces de martins-pêcheurs sont présentes ici, dont l’un des plus petits représentants de la famille, le martin-pêcheur pygmée (Ispidina picta), avec une longueur corporelle d’environ 11 centimètres seulement, et le plus grand d’Afrique : le martin-pêcheur géant (Megaceryle maxima), qui atteint 46 centimètres de hauteur. Fait intéressant, les représentants de cette dernière espèce vivent près des berges des rivières ; leurs nids sont de longs tunnels que les oiseaux creusent avec le bec et les griffes afin de déposer leurs œufs au fond. La longueur moyenne de ces nids de berge est de 2 mètres, et l’on a déjà découvert un tunnel de 8,5 mètres !
Neuf espèces de calaos sont également recensées dans le Tarangire. Leur nom renvoie aux excroissances qui surmontent leur bec et rappellent des cornes de vache. Ce sont des oiseaux difficiles à approcher, mais très bruyants, aux cris puissants et perçants. Capturé, un calao pousse des hurlements stridents capables de devenir assourdissants : les premières tentatives de domestication l’ont bien montré. Mieux vaut ne pas s’y essayer avec ces oiseaux si singuliers.
Le plus grand de tous les calaos, le bucorve du Sud (Bucorvus leadbeateri), parcourt le parc national en vol et chasse sans crainte serpents venimeux, tortues, mangoustes et lièvres ; c’est le seul véritable prédateur parmi toutes les espèces de cette famille. Parmi les autres calaos présents dans le Tarangire figurent le calao à joues argent (Bycanistes brevis), le calao trompette (Bycanistes bucinator), le calao à bec noir (Lophoceros nasutus), le calao à bec jaune de l’Est (Tockus flavirostris), le calao de Decken (Tockus deckeni) et le calao à bec rouge du Nord (Tockus erythrorhynchus). Cette dernière espèce a inspiré le célèbre personnage de dessin animé Zazu dans le film d’animation Le Roi Lion.
Mentionnons séparément le calao à bec rouge de Tanzanie (Tockus ruahae), endémique de Tanzanie comme son nom l’indique. Ces calaos aiment se poser dans les arbres de la savane, pour se reposer ou chercher rongeurs et insectes, mais aussi graines et fruits, car ils sont omnivores. Parmi les autres endémiques tanzaniens observables dans le Tarangire figurent le zostérops à cercle large, également appelé zostérops du Kilimandjaro (Zosterops eurycricotus), et l’inséparable masqué (Agapornis personatus). Certains ornithologues considèrent également l’inséparable de Fischer (Agapornis fischeri), le choucador cendré (Lamprotornis unicolor) et le tisserin à queue rousse (Histurgops ruficaudus) comme des espèces endémiques de Tanzanie.
La steppe maasaï
Au sud des parcs nationaux d’Arusha et du Kilimandjaro, précisément entre les parcs nationaux du Tarangire et de Mkomazi, s’étend une vaste prairie semi-aride. Ce plateau est bordé à l’est et au sud-est par les chaînes montagneuses des Pare, des Usambara, des Nguru et des Nguuu. Sur le plateau lui-même, on aperçoit parfois quelques montagnes basses et isolées, ainsi que des collines. La végétation y est clairsemée en raison du manque de rivières et d’autres plans d’eau permanents ; pendant les périodes sèches, l’eau disparaît complètement. On a observé que les éléphants, qui vivent généralement dans le Tarangire voisin, aiment fréquenter ces lieux pendant la saison des pluies. Traditionnellement, ces terres étaient utilisées par les Maasaï pour le pâturage du bétail. Cette steppe, appelée steppe maasaï, couvre environ 3 000 000 hectares.
Il est assez difficile de définir ici une zone ornithologique aux limites nettes ; sur la carte, vous trouverez donc simplement un cercle plat placé de manière approximative et assez arbitraire. Néanmoins, des oiseaux intéressants y vivent, et cette région reste encore insuffisamment étudiée. Nous ne mentionnerons que quelques espèces dignes d’attention, en gardant à l’esprit que les données fiables sur la steppe maasaï demeurent rares et que la zone attend de nouvelles explorations.
Des centaines de colonies nicheuses de tisserins à tête noire (Ploceus melanocephalus) ont été observées ici. La pintade vulturine (Acryllium vulturinum), ainsi nommée parce que son cou et sa tête rappellent ceux des vautours, se montre parfaitement à l’aise dans les zones arides de la steppe. Mésanges d’acacia (Melaniparus thruppi), pririts pygmées (Batis perkeo), cratéropes écaillés (Argya aylmeri), serins de Buchanan (Crithagra buchanani) et autres espèces adaptées aux terres privées d’eau prospèrent dans les immensités de la steppe maasaï.
Les collines rocheuses sont particulièrement appréciées de la cisticole paresseuse (Cisticola emini). Certaines sources la confondent avec une autre espèce et l’appellent Cisticola aberrans. En anglais, ces deux espèces sont nommées Lazy Cisticola et Rock-loving Cisticola. C’est la seconde qui habite les contreforts de la steppe maasaï en Tanzanie, là où alternent zones boisées et terrains rocheux.
Ces collines offrent également un habitat favorable aux traquets imitateurs (Thamnolaea cinnamomeiventris), aux francolins de Hildebrandt (Pternistis hildebrandti) et aux engoulevents pointillés (Caprimulgus tristigma). Parmi les espèces prédatrices, la steppe maasaï accueille plusieurs aigles : l’aigle ravisseur (Aquila rapax), l’aigle martial (Polemaetus bellicosus), l’aigle de Verreaux (Aquila verreauxii) et l’aigle fascié (Aquila spilogaster). D’autres rapaces prospèrent bien sûr sur ce vaste plateau.
Parmi les oiseaux migrateurs souvent observés ici figurent des rolliers d’Europe (Coracias garrulus), des rossignols prognés (Luscinia luscinia) et des iranies à gorge blanche (Irania gutturalis). Ils arrivent d’Eurasie. Parmi les oiseaux africains indigènes qui viennent passer l’hiver dans la steppe, on trouve des coucous jacobins (Clamator jacobinus) et des busautours des sauterelles (Butastur rufipennis), les seuls Butastur dont l’aire de répartition se limite au continent africain. Les coucous sont intéressants à observer : parasites de couvée, ils pondent dans les nids d’autres oiseaux et agissent en couple ; tandis que le mâle détourne l’attention des occupants du nid, la femelle dépose un œuf, parfois plusieurs. Leurs « victimes » sont souvent des cratéropes (Turdoides), probablement parce que la couleur de leurs œufs ressemble à celle des œufs de coucou.
Dans l’ensemble, la steppe maasaï abrite des oiseaux peu exigeants, parmi lesquels se trouvent pourtant des espèces vives et très belles. Le pipit doré (Tmetothylacus tenellus), qui préfère les savanes sèches et les zones buissonnantes abondantes dans la steppe maasaï, en est un bon exemple.
Parmi les endémiques tanzaniens vivant ici, on peut mentionner le choucador cendré (Lamprotornis unicolor) et l’inséparable masqué (Agapornis personatus).
Quels autres endémiques peut-on trouver en Tanzanie, où les chercher, et quels sites sont considérés comme les plus intéressants pour les ornithologues et les amateurs d’observation des oiseaux dans ce pays d’Afrique de l’Est ? Retrouvez nos réponses dans l’article : « Tanzanie. Top 10 des sites d’observation des oiseaux ».
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