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Observation des oiseaux sur l’île de Mafia et la côte sud de la Tanzanie

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Temps de lecture : 10 min.
Observation des oiseaux Observation des oiseaux

Bienvenue dans ce guide complet de l’observation des oiseaux en Tanzanie. Nous vous emmenons à travers la diversité des habitats ornithologiques de ce territoire d’Afrique de l’Est, entre forêts côtières baignées par l’océan Indien et île de Mafia, l’une des destinations les plus captivantes du sud tanzanien pour les passionnés d’avifaune. Vous y trouverez un regard de terrain sur les meilleurs lieux d’observation. Si les régions du nord de la Tanzanie vous intéressent, consultez également nos guides complets sur l’observation des oiseaux dans le Serengeti et le Ngorongoro, ainsi que dans les parcs nationaux du Kilimandjaro et d’Arusha. Les sites ornithologiques autour de Dar es Salaam, y compris l’île de Zanzibar, sont présentés dans un autre article. Quant aux zones situées plus à l’ouest que celles décrites ici, elles sont abordées dans notre article consacré à l’observation des oiseaux dans Selous et Nyerere, ainsi qu’à Mikumi et Ujungwa.

À l’est de la célèbre réserve de Selous, plusieurs sites plus modestes présentent un réel intérêt ornithologique. Tous ne disposent pas de listes d’espèces bien établies, et certains secteurs sont trop restreints pour entrer dans cette sélection. Nous retenons donc ici les lieux les plus intéressants, ceux qui peuvent devenir de véritables étapes pour les voyageurs souhaitant organiser un circuit ornithologique en Tanzanie.

Forêts côtières du district de Rufiji

Parmi les 20 réserves forestières du district de Rufiji, seules 2 ont été correctement explorées : de petits fragments de forêt situés entre Selous et le delta du fleuve Rufiji.

Ces secteurs permettent d’observer une avifaune remarquable, notamment le Circaète barré (Circaetus fasciolatus), la Brève d’Angola (Pitta angolensis), le Tisserin bicolore (Ploceus bicolor), l’Érythrocerque jaune (Erythrocercus holochlorus) et l’Érythrocerque de Livingstone (Erythrocercus livingstonei). Ces 2 dernières espèces se répartissent sur des rives différentes : l’espèce jaune occupe la rive nord du Rufiji, tandis que sa proche parente (Livingstone’s Flycatcher) vit sur la rive sud.

Tisserin bicolore. Photo de Stefan Hirsch
Tisserin bicolore. Photo de Stefan Hirsch
Érythrocerque de Livingstone. Photo de Dubi Shapiro
Érythrocerque de Livingstone. Photo de Dubi Shapiro

Parmi les espèces typiques de cette zone figurent le Perroquet à tête brune (Poicephalus cryptoxanthus), le Batis pâle (Batis soror) de la famille des Platystéiridés, le Gladiateur vert (Telophorus viridis), le Souimanga d’Uluguru (Anthreptes neglectus) et, par exemple, l’Euplecte de Zanzibar (Euplectes nigroventris).

Perroquet à tête brune
Perroquet à tête brune
Euplecte de Zanzibar. Photo de Yuh Woei Chong
Euplecte de Zanzibar. Photo de Yuh Woei Chong

Le delta du Rufiji, à sa rencontre avec l’océan Indien, ne sera pas détaillé ici : peu d’espèces y ont été étudiées, même si ces paysages intéresseront aussi les observateurs d’oiseaux.

Île de Mafia

Mafia forme un groupe d’îles situé face au delta du Rufiji, à 25 kilomètres du continent tanzanien, dans l’océan Indien. L’archipel comprend l’île principale, également appelée Mafia, ainsi que plusieurs petites îles et bancs de sable qui apparaissent temporairement à marée basse. Ces îles sont constituées de roche corallienne, ce qui attire autant les plongeurs que les acteurs de la conservation de la faune. Le premier parc marin de Tanzanie a été créé sur l’île de Mafia.

L’écosystème de Mafia rassemble mangroves, fourrés, prairies et quelques forêts côtières dégradées par l’expansion agricole. Malgré cela, la zone ornithologique de l’île de Mafia, qui englobe la baie de Chole, la côte sud de l’île principale, les îlots voisins et les eaux qui les séparent, abrite environ 200 espèces d’oiseaux.

Une espèce particulièrement abondante sur l’île de Mafia est le Drome ardéole (Dromas ardeola), originaire du littoral de l’océan Indien. Son nom vient de son régime alimentaire, composé de divers crustacés, et de son bec puissant, capable de briser les carapaces dures des crabes et des mollusques. Les voir chasser est fascinant : ils s’approchent rapidement de leur proie, frappent d’un coup vif, puis la découpent. Des centaines de Dromes ardéoles peuvent être observés sur les rivages de la baie de Chole.

On observe ici de nombreux migrateurs, dont le Bécasseau cocorli (Calidris ferruginea), le Chevalier bargette (Xenus cinereus) et le Pluvier argenté (Pluvialis squatarola). La Sterne huppée (Thalasseus bergii), magnifique représentante de la famille des Laridés, prospère dans ces régions. Cet oiseau remarquable doit son nom à la huppe noire très marquée qui orne l’arrière de sa tête. Son allure expressive en ferait un candidat parfait pour tout studio d’animation cherchant à créer un personnage d’oiseau captivant.

Les Sternes huppées se nourrissent principalement de poissons, mais ajoutent parfois coquillages et crustacés à leur régime. Grâce à une vue exceptionnelle, capable de porter très loin et même de traverser une brume légère, elles repèrent les bancs de poissons sous la surface. Cette aptitude tient à la structure spécialisée de leur rétine, dont les cônes contiennent une huile rouge qui renforce les contrastes. Les rivages des petites îles situées au sud de Mafia constituent l’une de leurs zones d’alimentation privilégiées.

Autre espèce majestueuse présente sur les îles : le Héron goliath (Ardea goliath), nommé ainsi pour sa taille colossale, qui peut atteindre 152 centimètres de hauteur. Le Héron goliath capture habilement de grands poissons, mais il doit rester vigilant : ses proies peuvent lui être dérobées par d’autres espèces, comme les cigognes, les pélicans et même les aigles.

Héron goliath
Héron goliath
Aigrette des récifs, morphe gris
Aigrette des récifs, morphe gris

Parmi les autres oiseaux observés ici figurent l’Aigrette des récifs (Egretta gularis), le Coucal à sourcils blancs (Centropus superciliosus), aussi appelé coucou à talons d’alouette, et l’Agrobate barbu (Cercotrichas quadrivirgata). Plus précisément, il s’agit de la sous-espèce Cercotrichas quadrivirgata greenwayi. Cet oiseau est endémique de Mafia et d’Unguja, l’île plus connue sous le nom de Zanzibar.

Forêts côtières du district de Kilwa

Au sud du delta du Rufiji, entre Selous et l’océan Indien, s’étend le district de Kilwa. Il compte 15 réserves forestières réunies en une importante zone ornithologique. Toutes ces petites réserves n’ont pas été étudiées en détail, si bien que les données restent limitées sur les espèces qui y vivent. Le paysage se compose de basses collines isolées, de boisements et de mangroves.

Parmi les espèces intéressantes à observer ici, citons le Souimanga à dos uni (Anthreptes reichenowi), le Circaète barré (Circaetus fasciolatus), commun sur la côte tanzanienne, ainsi que d’autres rapaces comme l’Aigle de Wahlberg (Hieraaetus wahlbergi), l’Aigle d’Ayres (Hieraaetus ayresii), l’Aigle couronné (Stephanoaetus coronatus) et le Baza coucou (Aviceda cuculoides). Ce dernier est particulièrement intéressant à observer, car les ornithologues connaissent encore peu son comportement. Très discret, il vit et chasse seul. Le Baza coucou n’est pas commun : l’observer et le photographier demande patience et chance. Il préfère les forêts, mais fréquente parfois des milieux plus ouverts, comme les savanes arbustives ou les jardins en périphérie des villes.

Aigle de Wahlberg
Aigle de Wahlberg
Baza coucou. Photo d’Ori Davidor
Baza coucou. Photo d’Ori Davidor

La Grive tachetée (Geokichla guttata) peut être aperçue dans ces zones de novembre à mai, mais là encore, il faut une part de chance. Cette grande grive présente des taches sombres sur la partie inférieure du corps. Malgré son apparence expressive, elle reste difficile à repérer. C’est aussi une espèce globalement rare, malheureusement menacée d’extinction en raison de la perte de son habitat.

Grive tachetée
Grive tachetée
Bondrée apivore
Bondrée apivore

Parmi les espèces migratrices présentes dans ces régions figure la Bondrée apivore (Pernis apivorus), membre de la famille des Accipitridés. Elle porte des noms différents selon les langues, mais ceux qui renvoient aux guêpes plutôt qu’aux abeilles ou au miel sont les plus justes. Ces rapaces recherchent les larves et les nymphes de guêpes, qu’ils prélèvent en détruisant les nids creusés dans le sol. L’oiseau peut rester longtemps posé sur les branches basses, à suivre les guêpes en vol pour localiser leur nid. Il quitte ensuite sa branche, détruit le nid les yeux fermés, puis récupère sa nourriture favorite. Son plumage épais le protège des piqûres. Il arrive que la Bondrée apivore complète son régime avec des larves de bourdons et d’abeilles, ainsi qu’avec des grenouilles, des souris, de petits oiseaux et, plus rarement, des fruits.

D’autres migrateurs hivernent dans le sud côtier de la Tanzanie, notamment le Faucon de l’Amour (Falco amurensis) et le Faucon concolore (Falco concolor).

Côté espèces locales, tout observateur sera heureux d’apercevoir des oiseaux aussi remarquables que le Touraco de Livingstone (Tauraco livingstonii) et le Touraco louri (Gallirex porphyreolophus). Ce dernier apparaît dans de nombreuses sources sous le nom Tauraco porphyreolophus. Ces 2 représentants des touracos sont lumineux, colorés et particulièrement beaux. Le second est considéré comme l’oiseau national du Royaume d’Eswatini, pays d’Afrique australe autrefois appelé Royaume du Swaziland.

Touraco de Livingstone. Photo de Frédéric PELSY
Touraco de Livingstone. Photo de Frédéric PELSY
Touraco louri
Touraco louri

Le Coucou montagnard (Cercococcyx montanus) est également présent dans ces zones. Parasite de nidification, il dépend de plusieurs espèces hôtes. En Tanzanie, celles-ci incluent souvent l’Akalat de Sharpe (Sheppardia sharpei). L’un des plus beaux oiseaux de la région est le Guêpier de Böhm (Merops boehmi). On le trouve généralement dans des forêts denses bien éclairées, ici en zone côtière. Dans les forêts plus clairsemées, il est possible de rencontrer le Martinet de Böhm (Neafrapus boehmi). Ces 2 espèces portent le nom de Richard Böhm, explorateur de l’Afrique et zoologiste allemand qui voyagea courageusement au XVIIIe siècle, d’abord à Zanzibar, puis sur le continent est-africain et dans les territoires de l’actuelle République démocratique du Congo. Böhm fut l’un des premiers scientifiques à travailler ici, étudiant activement les oiseaux et les mammifères locaux. Il découvrit de nombreuses espèces d’oiseaux et envoya de nombreux rapports ornithologiques en Europe. Il mourut malheureusement à 29 ans, après une crise de paludisme, au cœur de l’Afrique, près du lac Upemba qu’il avait découvert.

Guêpier de Böhm
Guêpier de Böhm
Martinet de Böhm. Photo de Tristan Herwood
Martinet de Böhm. Photo de Tristan Herwood

Plusieurs espèces de Phyllastrephus, un genre composé principalement de bulbuls, peuvent être observées dans les réserves forestières du district de Kilwa. On y trouve aussi, par exemple, le Cossyphe roux (Neocossyphus rufus) et l’Agrobate barbu (Cercotrichas quadrivirgata), considéré comme endémique des îles d’Unguja et de Mafia, mais également présent sur le continent juste au sud de l’archipel.

Cossyphe roux. Photo de Markus Lilje
Cossyphe roux. Photo de Markus Lilje
Agrobate barbu
Agrobate barbu

Forêts côtières du district de Lindi

Le district de Lindi se trouve dans le sud-est de la Tanzanie. La zone ornithologique comprend plusieurs réserves forestières, toutes constituées de fragments de forêt installés sur des plateaux, de petites élévations ou des crêtes. Seule la moitié de ces secteurs forestiers a été explorée.

Parmi les espèces qui les habitent, on connaît des populations d’Akalat de Gunning (Sheppardia gunningi) et de Grive tachetée (Geokichla guttata). Le Barbican vert (Stactolaema olivacea), amateur de figues, y a également été observé, tout comme un oiseau à l’allure et au chant particulièrement beaux : le Loriot à tête verte (Oriolus chlorocephalus). Il présente une poitrine vert olive et un ventre jaune.

Barbican vert. Photo de Dubi Shapiro
Barbican vert. Photo de Dubi Shapiro
Loriot à tête verte. Photo de Dubi Shapiro
Loriot à tête verte. Photo de Dubi Shapiro

Il n’y a pas de hautes montagnes ici. Pourtant, la présence de certaines espèces montagnardes, comme l’Alèthe à poitrine blanche (Chamaetylas fuelleborni) et le Gladiateur multicolore (Chlorophoneus multicolor/Telophorus multicolor), a été signalée. Cette dernière espèce n’est pas typique de la Tanzanie, ce qui fait de sa découverte dans les forêts de Lindi une observation intéressante, à confirmer par des ornithologues expérimentés.

Alèthe à poitrine blanche. Photo de Flemming Pagh Jensen
Alèthe à poitrine blanche. Photo de Flemming Pagh Jensen
Gladiateur multicolore. Photo de Michael Todd
Gladiateur multicolore. Photo de Michael Todd

Le Tisserin bicolore (Ploceus bicolor), le Macrosphène de Kretschmer (Macrosphenus kretschmeri), l’Érythrocerque de Livingstone (Erythrocercus livingstonei) et la Brève d’Angola (Pitta angolensis) ont également été observés ici. Les rivières descendant du plateau attirent aussi des oiseaux vivant en permanence près de l’eau, comme le Grébifoulque d’Afrique (Podica senegalensis) et le Bihoreau à dos blanc (Gorsachius leuconotus).

Parmi les autres espèces typiques de la zone figurent le Choucador à ventre noir (Notopholia corusca), le Gladiateur vert (Telophorus viridis) et le Circaète barré (Circaetus fasciolatus).

Encore plus au sud, presque à la frontière avec le Mozambique, plusieurs petites zones ornithologiques ont été identifiées. Elles restent toutefois très peu étudiées ; nous ne décrirons donc pas ici les secteurs de Newala et de Mtwara, ni la baie de Mnazi. Ils diffèrent peu des sites plus septentrionaux déjà présentés.

Merci de nous avoir accompagnés dans ce parcours, et nous espérons vous accueillir un jour ici, en Tanzanie. Vous pouvez retrouver tous les autres sites d’observation des oiseaux en Tanzanie dans l’article de synthèse d’Altezza Travel, « Tanzanie. Les 10 meilleurs sites pour observer les oiseaux ».

Publié le 13 juillet 2023 Mis à jour le 20 mai 2026
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À propos de l’auteur
Yurii Bogorodskiy

Yuri, chercheur et rédacteur à plein temps chez Altezza Travel, vit en Tanzanie depuis 2019. Il a exploré de nombreuses destinations moins connues du pays, notamment les parcs nationaux de Kitulo et de Rubondo, le lac Victoria, Zanzibar, ainsi que de nombreux sites historiques, naturels et archéologiques.

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