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Professeur Alan Channing : découverte de grenouilles d’altitude sur le Kilimandjaro et entretien exclusif

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Temps de lecture : 7 min.
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Une population jusqu’alors inconnue de grenouilles Amietia wittei a été découverte sur les pentes du Kilimandjaro, à des altitudes atteignant 4 100 mètres. Les grenouilles ont été observées pour la première fois par les responsables d’Altezza Travel lors d’une ascension du Kilimandjaro en juillet 2024. Des photographies ont été transmises au Tanzanian Wildlife Research Institute (TAWIRI) ainsi qu’au professeur Alan Channing, herpétologiste sud-africain renommé et l’un des grands spécialistes mondiaux des grenouilles. 

Cette observation a lancé les préparatifs d’une expédition : obtention des autorisations nécessaires pour mener des recherches dans le parc national et définition d’un itinéraire pour l’équipe scientifique.

En février 2025, tout était prêt. Channing est arrivé en Tanzanie et, avec les chercheurs du TAWIRI, a établi un plan d’expédition détaillé. Ils sont ensuite partis vers le Kilimandjaro avec une équipe de guides Altezza Travel, en suivant un itinéraire le long du versant occidental du volcan et en traversant cinq rivières jusqu’à 4 100 mètres d’altitude. Nous avons alors eu l’occasion de mieux connaître cet herpétologiste de renommée mondiale et d’échanger avec lui sur son parcours, ses intérêts scientifiques, le changement climatique et bien d’autres sujets.

Entretien avec le Pr Alan Channing

– Parlez-nous un peu de vous : de votre famille, de votre installation en Afrique du Sud et du moment où votre intérêt pour les amphibiens a commencé.

Je suis né dans une famille de classe moyenne ; mon père travaillait au service téléphonique de la Poste. Je pense que ma famille a quitté l’Angleterre pour l’Afrique du Sud afin d’échapper au froid et à l’humidité, et mon père a pu poursuivre son travail à la Poste sud-africaine.

Je me suis intéressé aux grenouilles lorsque j’étais étudiant de premier cycle : elles étaient très peu connues de mes collègues biologistes. John Charles Poynton, l’un des scientifiques contemporains les plus importants parmi les spécialistes des grenouilles, venait régulièrement au département de zoologie. Même si les grenouilles relèvent de l’herpétologie, qui comprend aussi les serpents, les lézards, les crocodiles et les tortues, je ne porte, en tant que zoologiste, qu’un intérêt assez limité à ces autres groupes.

– Beaucoup de personnes ne savent pas précisément ce que font les herpétologistes. Pourriez-vous expliquer l’essence de votre travail et pourquoi il est important ?

Mon domaine d’expertise porte sur les relations entre les animaux et sur les noms attribués aux différentes espèces. Cette discipline, la taxonomie, s’appuie sur l’étude de la génétique, du comportement, de l’écologie et de la morphologie des animaux étudiés.

De nombreuses espèces sont difficiles à distinguer les unes des autres : on les appelle Si les espèces cryptiques ne sont pas reconnues, elles ne peuvent pas être protégées, et les bénéfices qu’elles pourraient apporter aux sociétés humaines ne verront jamais le jour.

– Des sources ouvertes indiquent qu’au cours de votre carrière, vous avez décrit plus de 140 nouvelles espèces et genres de grenouilles. Ce chiffre est-il exact ?

Ce nombre n’est pas exact : il s’agit plutôt de 54 espèces et genres, dont certains ont depuis été réattribués.

– Quels moments de votre carrière, ou quelles découvertes, considérez-vous comme les plus importants ?

Ma carrière a surtout consisté à enseigner à des étudiants de premier cycle et à encadrer des étudiants avancés. La recherche se faisait pendant les vacances universitaires, ou lorsque je n’avais pas de cours. À ce titre, il n’y a pas eu de moments décisifs. 

En taxonomie, il n’y a pas de découvertes « majeures ». Chaque étape ressemble à une brique que l’on place pour construire un édifice. Aucune n’est plus importante qu’une autre. En revanche, voir un doctorant obtenir son diplôme puis tracer sa voie dans le monde a toujours été un grand moment.

– Quelles difficultés rencontrez-vous lorsque vous recherchez de nouvelles espèces ? Vous est-il déjà arrivé de soupçonner l’existence d’une espèce inconnue sans parvenir à la trouver ?

Les difficultés tiennent généralement à l’accès au site, surtout s’il est très éloigné ou situé dans un désert, par exemple. Parmi les difficultés récentes figurent les prix élevés des permis de recherche dans certains pays, heureusement pas tous, car certains responsables pensent que tous les scientifiques étrangers sont riches.

Beaucoup de découvertes se font par hasard : on ne peut pas planifier de partir trouver une nouvelle espèce ! Je n’ai jamais soupçonné l’existence de nouvelles espèces, mais il m’arrive d’être surpris quand l’une d’elles apparaît. Même des zones bien étudiées autour du Cap, par exemple, ont livré de nombreuses nouvelles espèces ces dernières années.

– Y a-t-il des espèces particulières, rares ou récemment découvertes, que vous trouvez spécialement fascinantes ?

J’aime toujours trouver l’un des , ainsi que les grenouilles coureuses. Elles sont faciles à observer et vraiment intéressantes. Comme leur nom l’indique, les grenouilles coureuses ne sautent pas et ne grimpent pas. Elles ont de longues pattes grêles et marchent, ou courent.

Le crapaud coureur – déplacement du crapaud calamite
10 k vues, il y a 4 ans

– Au cours des dernières décennies, le changement climatique est devenu l’un des enjeux les plus pressants. Vous avez eu la rare possibilité de travailler avant et après que ses effets soient largement reconnus. De votre point de vue, comment le réchauffement planétaire a-t-il affecté les écosystèmes, en particulier les amphibiens ? Avez-vous observé le déclin alarmant de certaines espèces ?

Même s’il est difficile de distinguer les effets du changement climatique des variations normales des populations, il est clair que de nombreuses espèces, autrefois communes, sont aujourd’hui difficiles à trouver. Le rythme de déclin de la plupart des espèces de grenouilles reste inconnu, car personne ne les suit. Les scientifiques spécialistes des amphibiens sont trop peu nombreux. Je n’ai connaissance d’aucune espèce de grenouille disparue en Afrique. Le plus souvent, elles n’ont pas été observées depuis plusieurs années parce que personne ne les a recherchées. Combien de personnes savent reconnaître l’espèce d’une grenouille ?

La plus grande menace pour les amphibiens, c’est nous, les humains : nous transformons la végétation naturelle en monocultures, tandis que les villes ne cessent de s’étendre. Les espèces vivant dans les zones côtières sont les plus exposées, car ce sont les lieux où les humains aiment s’installer et qu’ils modifient.

Les grandes grenouilles-taureaux présentes dans les zones sèches sont très touchées : elles sont surexploitées, ce qui entraîne des échecs de reproduction. Même là où ces grenouilles sont protégées par la loi, elles continuent d’être capturées, vendues et consommées. Le sud de l’Angola et le nord de la Namibie en sont des exemples parlants.

– La raison de notre rencontre est la découverte de grenouilles Amietia wittei, que l’on trouve habituellement dans les forêts tropicales du Kilimandjaro et des monts Rwenzori, à des altitudes ne dépassant pas 2 800 mètres. Qu’est-ce qui rend cette découverte si particulière ? Que peut-elle nous apprendre sur les écosystèmes de haute altitude ?

Les grenouilles peuvent vivre jusqu’à environ 3 000 m, là où elles se trouvent dans des cours d’eau courants. Si ceux-ci viennent à geler, les grenouilles ont la capacité de survivre sous la glace. Mais la découverte de grenouilles vivant à 4 000 m indique qu’elles sont bien plus aptes à survivre dans des conditions difficiles.

Elles doivent non seulement affronter le froid extrême de l’hiver, mais aussi trouver de quoi se nourrir. Cette grenouille découverte à près de 4 000 m sur le Kilimandjaro y parvient, et nous savons qu’elle mange notamment de petits coléoptères. La manière dont les coléoptères survivent est une autre question.

– Sur quels autres projets travaillez-vous actuellement ? Y a-t-il d’autres domaines scientifiques qui vous intéressent ?

Mes autres projets comprennent une révision des grenouilles-taureaux à l’échelle de l’Afrique, du Sénégal à l’Afrique du Sud. Mes collègues et moi essayons également de déterminer le nombre d’espèces de crapauds nains, qui se ressemblent tous et vivent tous dans des semi-déserts ou des déserts.

Je m’intéresse à l’histoire biologique de l’Afrique. Quand les forêts et les prairies se sont-elles formées, et pourquoi ? Quand les différents groupes d’animaux sont-ils apparus, et quels facteurs ont entraîné leur différenciation et leur spéciation ?

***

L’équipe d’Altezza Travel remercie chaleureusement le professeur Alan Channing pour sa participation à cet important projet scientifique, ainsi que pour les soirées captivantes passées à écouter ses récits sur la faune sauvage d’Afrique.

Pour en savoir plus sur la découverte de cette nouvelle population de grenouilles et sur l’expédition scientifique, lisez l’article « La grenouille vivant à la plus haute altitude d’Afrique découverte sur le Kilimandjaro ».

Publié le 29 juin 2025 Mis à jour le 20 mai 2026
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À propos de l’auteur
Sergey Demin

Sergey est auteur chez Altezza Travel. Depuis 2012, il travaille comme journaliste et rédacteur pour différentes publications, sur des sujets allant de la culture mondiale à l'histoire, en passant par l'économie internationale et le voyage.

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