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Sac de Gamow au Kilimandjaro : pourquoi Altezza Travel ne l’utilise pas

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Temps de lecture : 12 min.
Ascension Ascension

Le sac de Gamow est utilisé en médecine de milieu isolé en cas de mal d’altitude sévère, lorsqu’une descente rapide n’est pas possible. Dans les bonnes circonstances, il peut être efficace, voire vital. Mais le trekking au Kilimandjaro n’entre pas dans ce cas de figure. Voici pourquoi nous avons choisi, de manière délibérée, de ne pas emporter de sacs de Gamow lors de nos expéditions.

Qu’est-ce qu’un sac de Gamow ?

Les références médicales décrivent le sac de Gamow comme une chambre hyperbare portable. Le principe est plus simple qu’il n’y paraît : il s’agit d’un sac étanche en nylon, qui se replie au format approximatif d’un sac de voyage ou d’un sac de sport classique, puis se déploie comme un sac de couchage. En cas d’urgence liée à un mal aigu des montagnes sévère, comme un œdème pulmonaire de haute altitude ou un œdème cérébral de haute altitude, le patient est placé à l’intérieur, puis une pompe permet de remplir le sac d’air. L’augmentation de la pression offre à l’organisme l’équivalent d’une descente d’environ 1 500 à 1 800 mètres. 

Le sac a été mis au point à la fin des années 1980 par Igor Gamow, professeur de microbiologie. Il a été utilisé pour la première fois sur le terrain lors d’une expédition à l’Everest en 1988 et fait depuis partie des outils classiques de la médecine en milieu isolé. Son objectif principal est de stabiliser un patient en altitude lorsqu’une descente rapide ou une évacuation immédiate n’est pas possible, par exemple en raison de la météo, de l’heure ou d’un terrain difficile. Il faut toutefois garder une chose en tête : un sac de Gamow ne fait que simuler la descente et ne remplace pas une véritable évacuation. 

Dans quels cas l’usage d’un sac de Gamow se justifie

La Wilderness Medical Society (WMS), principale organisation internationale de médecine en milieu isolé, est claire sur ce point :

« Nous recommandons que, lorsque la descente n’est pas possible ou qu’elle est retardée, ou lorsque l’oxygène d’appoint n’est pas disponible, une chambre hyperbare portable puisse être utilisée pour traiter un HAPE [œdème pulmonaire de haute altitude]. »

Imaginez les camps d’altitude de l’Everest, du K2 ou du Denali. Un grimpeur peine à respirer, très affaibli, désorienté, avec une coordination qui se dégrade. L’altitude dépasse 5 000 m. La météo rend toute évacuation par hélicoptère impossible, et la difficulté technique du terrain exclut une descente rapide par portage. Dans une telle situation, le sac de Gamow est l’un des rares moyens de gagner du temps : stabiliser le patient et attendre une fenêtre d’évacuation. 

Les difficultés liées à l’utilisation d’un sac de Gamow

Les descriptions marketing des tour-opérateurs se limitent souvent à des formules comme « simule une descente rapide ». Les difficultés opérationnelles et les risques associés sont beaucoup moins évoqués. Ils sont pourtant nombreux.

Fonctionnement manuel en continu

Le participant atteint est placé dans le sac, qui est ensuite fermé puis pressurisé en y pompant de l’air. Le dioxyde de carbone expiré par le patient s’échappe par une valve, tandis que de l’air frais est continuellement pompé depuis l’extérieur. Cette opération doit être effectuée manuellement par un membre formé de l’équipe de montagne, généralement à raison de 10 à 20 coups de pompe par minute, conformément aux instructions du fabricant. Si le pompage s’arrête ou s’il est mal réalisé, le niveau de dioxyde de carbone à l’intérieur du sac peut rapidement devenir dangereux.

Risque de dépressurisation et de barotraumatisme

L’effet de descente simulée repose sur l’augmentation de la pression à l’intérieur du sac ; celui-ci ne peut donc pas être ouvert immédiatement. Si l’équipe ouvre accidentellement la fermeture éclair sans avoir d’abord égalisé la pression, l’air contenu dans les poumons du patient peut se dilater rapidement et provoquer un barotraumatisme, c’est-à-dire des lésions des tissus causées par les variations de pression. Dans les cas légers, cela peut entraîner une douleur thoracique, de la toux ou un essoufflement. Dans les cas graves, des bulles d’air peuvent pénétrer dans la circulation sanguine et migrer vers le cerveau ou le cœur, avec des complications potentiellement mortelles. C’est pourquoi la pression à l’intérieur du sac de Gamow doit d’abord être réduite progressivement ; le sac doit se dégonfler, et la fermeture ne peut être ouverte qu’ensuite. 

Formation professionnelle et facteur humain

Utiliser un sac de Gamow exige des gestes maîtrisés. Sur le Kilimandjaro, comme sur beaucoup d’autres montagnes, la formation médicale de la plupart des opérateurs n’a lieu qu’une fois tous les deux ans environ. Si 6 à 12 mois se sont écoulés depuis la dernière session, le risque d’erreur augmente nettement. À cela s’ajoutent d’autres difficultés : le mal d’altitude peut s’accompagner de vomissements, le patient peut souffrir de claustrophobie et, sous un soleil intense, le sac fermé peut devenir très chaud, comme une serre. 

Impossibilité de transporter le patient

Le sac de Gamow ne résout pas le problème principal : le maintien en haute altitude. On ne peut pas simplement placer le patient dans le sac et le descendre comme sur une civière. Même si les symptômes s’améliorent temporairement, la descente reste indispensable. 

Pourquoi un sac de Gamow n’est pas nécessaire au Kilimandjaro

Le Kilimandjaro n’est pas seulement la plus haute montagne d’Afrique, avec 5 895 m d’altitude : c’est aussi la plus haute montagne isolée du monde. Pour autant, son ascension ne demande ni matériel d’alpinisme technique ni compétences professionnelles en escalade. Les voies qui mènent au sommet ne comportent pas de passages techniques susceptibles de rendre une descente d’urgence impossible ou particulièrement dangereuse.

Cela ne signifie pas pour autant que l’ascension doive être prise à la légère. Selon une étude publiée dans la revue High Altitude Medicine & Biology, environ 47 % des participants engagés sur la voie Marangu lors d’expéditions de 5 à 6 jours présentent des symptômes de mal d’altitude à 4 730 m. Pourtant, seuls 1 % nécessitent une assistance médicale professionnelle. Le rapport de sécurité 2025 d’Altezza Travel sur les ascensions montre une situation comparable : sur 4 371 voyageurs ayant tenté l’ascension, 3 892 ont atteint le sommet. 215 autres sont parvenus à l’un des points clés du cratère du Kilimandjaro, Stella Point à 5 739 m ou Gilman’s Point à 5 681 m. Au total, 264 participants ont interrompu leur ascension avant le sommet. Les raisons incluaient une acclimatation insuffisante, la fatigue, ou l’accompagnement d’amis ou de membres de la famille. 52 personnes ont fait demi-tour simplement pour rester auprès de quelqu’un qui ne pouvait pas continuer.

Nous considérons toute interruption anticipée de l’ascension comme une évacuation, même lorsque le participant n’est pas en danger et descend de manière autonome, sans civière ni bouteille d’oxygène ; en 2025, 90 cas de ce type ont été recensés. Une évacuation par hélicoptère a été nécessaire pour 64 participants, et toutes les évacuations ont réussi. Ces chiffres montrent que l’utilisation d’un sac de Gamow au Kilimandjaro est une mesure inutile, qui peut même aggraver la situation dans certains cas en faisant perdre du temps. Ici, la descente d’urgence est possible pratiquement toute l’année.

Pour rendre la comparaison avec l’Everest ou le Denali plus concrète, imaginons le scénario suivant. Vous êtes sur la voie Lemosho, au camp Barafu, à 4 673 m. L’un des participants présente des symptômes de mal d’altitude qui s’aggravent. L’équipe a deux options :

  • La première option consiste à installer le sac de Gamow, à placer la personne à l’intérieur, puis à pomper de l’air jusqu’à atteindre la pression de fonctionnement. Même avec une équipe bien coordonnée, cela prend du temps. Il faut ensuite compter environ 1 heure dans le sac, avec pompage constant, dépressurisation progressive, puis sortie du patient. Au total, cette procédure peut durer jusqu’à 1 h 30.

Et cela suppose que le sac soit immédiatement disponible. Lors d’une ascension du Kilimandjaro, surtout pendant la nuit d’ascension, le groupe s’étire souvent. Certains participants avancent plus lentement, d’autres plus vite. Si la personne malade se trouve dans un sous-groupe qui n’a pas le sac, il faudra encore du temps pour le faire venir.

  • La seconde option, celle que nous appliquons chez Altezza Travel, consiste à administrer de l’oxygène en bouteille pour soulager les symptômes et à commencer immédiatement la descente. En 45 minutes, l’équipe d’assistance et le voyageur atteint se trouveront déjà environ 1 000 m plus bas. Même une descente de 300 m apporte généralement un soulagement perceptible. Quelques heures plus tard, le participant atteindra la porte du parc, où le véhicule du tour-opérateur, ou une ambulance si nécessaire, l’attendra.

La même approche s’applique lors des évacuations par hélicoptère. Le patient reçoit de l’oxygène et est transporté aussi vite que possible vers la zone d’atterrissage la plus proche. De là, il est héliporté vers un hôpital. Même dans cette situation, le sac de Gamow devient une étape supplémentaire inutile, qui consomme du temps et introduit des risques additionnels.

Comment Altezza veille à la sécurité au Kilimandjaro

Une acclimatation correcte et un suivi attentif de l’état des participants constituent la meilleure protection contre le mal d’altitude sévère. Lors de nos expéditions, nous faisons tout pour éviter les situations dans lesquelles un sac de Gamow serait même théoriquement nécessaire. Voici comment : 

Formation professionnelle de l’équipe de montagne

Tous les guides Altezza Travel ont suivi le programme international Wilderness First Responder (WFR, premiers secours en milieu isolé) et sont qualifiés comme secouristes en montagne. Ils suivent également une formation complémentaire au sein du programme interne d’Altezza Travel, qui va au-delà du cursus WFR standard. La responsabilité des protocoles médicaux en montagne et de la formation des guides au sein de l’entreprise revient à Philip Swart, paramédic certifié au Royaume-Uni. Altezza exploite également son propre centre d’opérations de secours et d’urgence. C’est la seule structure spécialisée de ce type parmi les opérateurs du Kilimandjaro. 

Contrôles médicaux quotidiens

Les contrôles médicaux quotidiens font obligatoirement partie de chaque expédition Altezza Travel. Les guides examinent chaque participant et s’entretiennent avec lui, mesurent la saturation en oxygène, suivent son adaptation à l’altitude et l’aident dans son acclimatation. Si nécessaire, ils ajustent le rythme de progression, administrent de l’oxygène d’appoint ou interrompent l’ascension si les symptômes s’aggravent et que le risque de complications augmente.

Équipement de haute qualité

Chaque guide emporte une radio, un téléphone satellite pour les urgences, une civière pliable, une trousse de premiers secours tactique et une bouteille d’oxygène. Chaque camp dispose également d’une trousse médicale plus complète, avec un éventail plus large de médicaments et de dispositifs médicaux : stéthoscope pour évaluer la respiration et le rythme cardiaque, ballon Ambu pour la ventilation artificielle, médicaments contre la toux et les maux de gorge, ainsi que nifédipine, dexaméthasone et acétazolamide (Diamox). Leur utilisation contre le mal d’altitude et les complications associées est largement répandue en médecine de montagne et recommandée par le Yellow Book du CDC.

Une réserve d’oxygène est également disponible au camp. Nous utilisons plus de 500 systèmes d’oxygène, davantage que tous les autres opérateurs du Kilimandjaro réunis. Mais la quantité ne suffit pas. Il s’agit de bouteilles de 4 litres en fibre de carbone, conçues pour assurer environ 6 heures d’apport en oxygène. Les guides les transportent pendant l’ascension, et des réserves supplémentaires restent au camp. Comparées aux bouteilles métalliques standard, elles sont plus légères, un avantage particulièrement important pendant les montées et les descentes d’urgence. Par ailleurs, Altezza utilise des masques plutôt que des , ainsi que des détendeurs économiseurs plutôt que des systèmes standard à débit continu. L’efficacité s’en trouve nettement améliorée, car l’oxygène n’est délivré qu’au moment où la personne inspire. 

Une bonne acclimatation compte plus que n’importe quel équipement

La meilleure protection contre le mal d’altitude, c’est le temps. Plus l’ascension est lente, plus les chances d’atteindre le sommet augmentent. Pour favoriser l’acclimatation, quelques règles simples sont essentielles : 

Choisir un itinéraire adapté et garder un rythme lent

Il s’agit moins du sentier choisi que de la durée de l’expédition. Pour les débutants, nous recommandons des programmes d’au moins 7 jours. Dans la très grande majorité des cas, ce délai donne à l’organisme le temps nécessaire pour s’adapter à la haute altitude. Les ascensions de 5 ou 6 jours conviennent davantage aux randonneurs expérimentés. Le même principe vaut pour le rythme entre les camps. Ne vous pressez pas. Regardez le paysage, prenez des photos, arrêtez-vous pour récupérer dès que nécessaire. Plus le gain d’altitude est progressif, mieux votre corps s’adapte.

Ne pas ignorer les symptômes ni les cacher aux guides

Maux de tête, sommeil de mauvaise qualité, fatigue et léger essoufflement sont courants en haute altitude. Même ces symptômes doivent toutefois être signalés à votre guide, qui doit connaître le moindre changement, aussi discret soit-il. Ce n’est qu’à cette condition que l’équipe peut évaluer correctement votre état et décider s’il faut intervenir.

Boire beaucoup d’eau et manger même sans faim

En altitude, le corps perd ses liquides plus vite qu’au niveau de la mer. La déshydratation peut aussi provoquer des maux de tête, une faiblesse générale et une baisse de la concentration. Essayez de boire 3 à 4 litres d’eau par jour, de préférence par petites gorgées fréquentes. Le même principe s’applique à l’alimentation : pendant une ascension, l’organisme a besoin d’environ deux fois plus d’énergie, même si l’appétit peut diminuer pendant l’acclimatation. Ne sautez ni repas ni collation, même si vous n’avez pas faim. Il existe aussi une raison très concrète : la digestion produit de la chaleur corporelle. Si vous sautez le dîner, vous aurez nettement plus froid pendant la nuit. 

Conclusion

Le choix de ne pas utiliser de sac de Gamow lors de nos expéditions ne signifie pas que nous faisons des compromis sur la sécurité. C’est une décision réfléchie, en faveur de mesures plus rapides et plus efficaces. Cette approche ne se justifie toutefois que si des alternatives complètes sont en place : une équipe de montagne professionnelle, formée en continu à l’évacuation et aux premiers secours, des systèmes d’oxygène de haute qualité disponibles en nombre suffisant, et l’ensemble des médicaments essentiels.

C’est pourquoi l’approche décrite dans cet article fonctionne pour Altezza Travel, mais ne doit pas être considérée comme une recommandation universelle pour tous les opérateurs. Nous n’emportons pas de sacs de Gamow lors de nos expéditions, car nous pouvons nous appuyer sur des centaines de systèmes d’oxygène, deux types de trousses médicales, la formation Wilderness First Responder de nos équipes de montagne et notre propre centre d’opérations de secours et d’urgence.

Publié le 29 mai 2026 Mis à jour le 3 juin 2026
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Tous les contenus d’Altezza Travel sont rédigés à partir d’analyses expertes et de recherches approfondies, conformément à notre Politique éditoriale.

À propos de l’auteur
Sergey Demin

Sergey est auteur chez Altezza Travel. Depuis 2012, il travaille comme journaliste et rédacteur pour différentes publications, sur des sujets allant de la culture mondiale à l'histoire, en passant par l'économie internationale et le voyage.

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